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©(c) AFP

Le marin à la mer

Je me souviens de Bernard.

La carrure. Celle du grand acteur et du grand comédien. Celle de celui qui faisait déjà, devant ses camarades, des sketches improvisés, à 15 ans, jeune mousse sur le bateau qui l'emmenait faire le tour du monde. Celle de ses débuts, aux côtés de Delon, Gabin ou Michel Bouquet dans "Deux hommes dans la ville", celle de son film "Les Caprices d'un fleuve", celle de sa dernière scène de "Richard III"... Cette présence qui était devenue une ombre, blessée par la maladie, fatiguée par le temps, le travail, la lutte.

La voix. Une voix qui résonne, fluctuée avec le destin, ayant fini brisée, cassée, presque échouée sur le sable, comme un navire ayant perdu sa route. Et pourtant si forte quand il lisait ses textes où ceux des autres. Je l'avais vu une première fois en octobre 2007 à Saint-Dié, pour recevoir le prix Amerigo Vespucci, à la suite duquel il avait lu des extraits de son livre « Les Dames de nage ». Je l'avais vu une deuxième fois le même mois de l'année 2009, où, après un entretien public, il avait lu des passages de son dernier livre « Cher Amour ». Je l'avais vu une dernière fois mi-octobre 2010, lire sur la scène de l'Odéon avec Luis Sépulveda des textes de ce dernier. Et toujours la même émotion, la même intensité, la même passion.

Le visage. Ridé par la fatigue et l'usure. Un sourire magnifique, des beaux yeux azur comme l'océan qu'il avait traversé, de l'Asie à l'Afrique, de l'Amérique à l'Europe.

L'homme. Curieux de tout et de tout le monde, discutant facilement avec les gens autour de lui. Je me souviens avoir très longuement parlé avec Bernard, assoiffé de savoirs, passionné de la vie. C'était aussi un homme de tendresse. A Saint-Dié en 2007, il avait traversé une immense foule venu le voir, pour aller saluer en face son ami Richard Bohringer. Un sacré caractère tout de même, « Je l'ai déjà dit la dernière fois que je suis venu ! Mettez une estrade pour que le public puisse voir les auteurs interviewés ! » avait-il lancé au début de l'entretien donné à Sarah Polacci au FIG en 2009. Alors il s'était levé, en disant « Je suis avant tout un homme de théâtre ! », et il avait lu et répondu aux questions debout, malgré la maladie qui lui rongeait l'estomac, qui le faisait souffrir à chaque minute, et qui allait l'emporter moins d'un an après. Le crabe colle beaucoup trop à la peau des marins.

Quand on s'était revus au théâtre de l'Odéon, deux semaines après Saint-Dié, il m'avait dit: « Tiens t'es là toi ! » en souriant. Et toi Bernard t'es où ?


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