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©Sylvain Gripoix

Kent,
juste quelqu’un de bien...

J'avais raté Kent à Saint-Dié-des-Vosges, dans les années 80, durant les grandes années où Starshooter donnait un nouveau souffle au Rock et un sérieux coup de folie à son public. L'occasion de rattraper ce rendez-vous manqué s'est présentée le 28 janvier 2011 en allant voir Kent au "Cheval Blanc" à "Schilick" (Schiltigheim, Alsace). Une petite salle de spectacle (150 places) où tout se prête à la communion du public et de l'artiste.
20h30, arrivée de Kent et de Fred Pallem (compositeur, arrangeur, bassiste, guitariste... du célèbre orchestre de jazz "le Sacre du Tympan"). Sur scène, une gratte sèche et une gratte électrique, le panorama peut commencer. Instants rocks, instants magiques, instants d'émotion lorsque le public chante avec Kent "quelqu'un de bien".
Non, c'est sûr, Kent n'est pas un vieux rockeur vivant sur son passé. C'était tout simplement du bonheur pour des gens banals.

C'est une longue carrière commencée avec les Starshooter en 75...

Pour le coup 75 c'est vraiment la préhistoire : les 1ers concerts dans les lycées ! Mais officiellement, ça a commencé en 1977.

Est ce qu'on peut dire que certaines chansons vous ont suivi tout au long de votre carrière ?

Oui c'est justement ce qui est à la base de cette tournée "Panorama". A un moment donné, j'ai voulu voir aujourd'hui le fil rouge. Qu'est-ce qui fait qu'à 50 balais je peux encore chanter une chanson que j'ai écrite à 18 ou 20 ans ? Qu'est ce qui résiste au temps ?
C'est marrant parce que le choix est fait vite : il y a beaucoup de choses qui sont générationnelles, des sujets de vie, d'autres choses qui me sont difficiles à chanter à mon âge maintenant sans faire de comédie : "raconter les dimanches sur ma mobylette où je m'ennuie, mes amours avec une caissière de la FNAC...". C'est intéressant de découvrir ce qui peut passer au travers, ce qui a fait le fondement d'une écriture ou d'une personnalité à un moment donné. Pour moi c'est psychanalytique, c'est thérapeutique comme démarche.

A cette époque, étiez-vous plutôt Sex Pistols ou Clash ?

Plutôt Clash. Les Sex Pistols, je trouvais qu'ils étaient bien habillés ! Mais les Clash... aussi finalement (rires). Les Pistols, c'était un peu trop outré. C'était plus du cirque... Les Clash me semblaient honnêtes, les Pistols c'était moins sûr.
Je crois que Johnny Rotten était un personnage honnête, il a été chanteur des Pistols parce que ça le faisait rire et après il a continué à faire des trucs mais par contre il est resté le chanteur des Pistols pour trop de gens ce qui l'a empêché de s'épanouir ailleurs.
Public Image, c'était vachement intéressant ! Je pense que si ça n'avait pas été Johnny Rotten le chanteur, on se serait beaucoup plus intéressé au groupe, enfin d'une autre manière. On aurait écouté plutôt que de se dire "il fait ça alors qu'avant il faisait ça...". Le premier album des Public Image est franchement bien et le deuxième encore plus !

Est-ce que vous n'avez jamais eu envie de revenir au Rock'n'roll ?

Mais j'y reviens ! Mais effectivement, si le Rock'n'roll c'est de faire des triples saltos sur scène en cassant sa gratte... alors oui je ne suis plus rock'n'roll... Par contre la rage, je pense qu'elle ne m'a jamais quitté. Sauf que j'ai abordé des genres qui étaient différents et qui ont pu "décontenancer" des amateurs de Rock. Ca c'est clair, je ne le renie pas, j'ai même cherché à le faire : "à décontenancer les amateurs de Rock".
En fait à un moment donné, j'ai trouvé que le Rock'n'roll était un monde fermé, sectaire, limité... avec un public très pavlovien. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Starshooter s'est terminé. Pendant la dernière tournée, ce qui m'énervait, c'était de voir combien les gens réagissaient sur des poncifs. C'est à dire que je m'amusais à leurs faire taper dans les mains à tel moment, à leur faire faire "ci et ça", et ils obéissaient, alors qu'ils étaient censés être des rebelles. Je me suis alors dit que c'était idiot, qu'ils se trompaient et que je ne pouvais pas continuer à aller dans ce sens-là... Le groupe s'est arrêté pour des tas de raisons et c'était une des raisons qui pour moi était importante.
Je voulais sortir de tout cela, j'avais toujours envie de faire de la musique et je me suis interrogé sur la musique que je pouvais faire.
La réponse, finalement, est venue assez naturellement... Je suis français et "culturellement bicéphale" : j'ai cette culture Rock venue des Etats-Unis et d'Angleterre plus cette culture française, qu'on la rejette ou pas. D'ailleurs je connais des tas d'amateurs de Rock qui ne veulent pas du tout citer la chanson française mais qui la connaisse de toute façon parce que c'est en eux.
Et donc voilà c'était clair que si je ne faisais plus de Rock, il restait Gainsbourg, Aznavour, Jacques Brel... J'ai alors abordé ce genre mais par le côté musical. C'est quelque chose que je conseille de faire à beaucoup de personnes que les classiques de la chanson française énervent : écouter l'orchestre, écouter les arrangements qu'il y a derrière. A cette époque, il y avait une façon de faire de la musique qui était propre à ce pays. Il y avait une manière de faire tourner les morceaux, d'arranger les choses... qui a été complètement rasée, totalement dévastée par l'arrivée du Rock'n'roll... Mais je fais partie des saccageurs, je fais partie de la bande "d'Attila"...
A ce moment là, dans les années 80, j'ai eu envie de dépoussiérer. Pour moi, c'était notre "country", j'ai eu envie de faire de la "country d'aujourd'hui" donc j'ai repris la chanson française avec mon actif Rock'n'roll. Et finalement je crois que si je me suis fait remarquer c'est parce que j'ai fais de la chanson française mais avec une attitude qui était différente. En ce sens : pas "bêlant" derrière un micro (rires), j'étais plus énervé tout simplement. Ça m'a aussi appris à ne pas être "qu'énervé". J'avais envie d'arrondir, d'exprimer divers sentiments au lieu d'exprimer toujours la rage ou l'hystérie extatique.
Mais déjà à l'époque de Starshooter ça me titillait !

Donc pas de nostalgie ?

Non franchement de la nostalgie je n'en ai pas, en tous cas pas au niveau de la musique ou de ce que je vivais musicalement. J'en ai par rapport à une liberté perdue qui n'est pas propre qu'à la musique. Une liberté d'action... A cette époque, la liberté existait parce qu'il n'y avait pas d'exploitation, le marketing n'avait pas la mainmise sur tout. Sur les faits et gestes de n'importe qui et surtout des musiciens.
Quand Starshooter est arrivé et que ça a marché, les maisons de disques étaient dépassées par l'événement. Personne ne s'attendait à cela. À ce moment-là, il y avait une certaine variété "ranplanplan" qui occupait les ondes. On pensait que c'était ça que les gens aimaient et on ne leur en donnait pas plus . Nous sommes arrivés avec des choses différentes et là, il y a des mômes de 16 ans qui ont sauté sur les sièges et qui nous ont suivi. Que ce soit avec "Téléphone", avec "Trust", c'était vraiment un raz de marée et ça personne ne s'y attendait ! À tel point que les maisons de disques étaient tellement dépassées qu'on nous laissait faire ce que l'on voulait. Au niveau des circuits, pour parler des concerts, ça n'existait pas. On était les pionniers, c'était "bordélique" mais au moins on a créé des libertés.
Aujourd'hui, faire un pas de côté c'est impossible. C'est devenu vraiment très difficile. Ou alors à l'inverse on est en train de regagner cela parce que justement, les disques aujourd'hui se vendant de manière totalement aléatoire ou ne se vendant plus du tout, les maisons de disques lâchent la bride, les médias aussi : il y a une espèce de nouveau "no man's land" qui se crée.

Pensez-vous qu'aujourd'hui, les "petits" groupes disposent de peu de moyens pour se faire connaître ? Que les radios nationales se limitent à la diffusions des gros artistes ?

Mais il y a trop de moyens ! En 1977, il avait Europe 1, RTL, France Inter et RMC. On a eu la chance avec Starshooter, qu' Europe 1 nous diffuse ! Peut être avaient-ils compris que nous avions un public jeune et que leur souhait était d'avoir ce type de public... Je n'en sais rien mais en tous cas, ils nous ont programmés, c'est la seule radio qui nous a programmés avec Inter.
Mais surtout il y avait aussi beaucoup moins d'artistes. Aujourd'hui, c'est dingue le nombre de groupes et chanteurs qui existent.
C'est l'effet néfaste de la démocratisation de la musique. On ne peut pas à la fois donner aux gens l'envie de faire de la musique et en même temps leur reprocher d'en faire. Sans compter le fait que ce soit devenu aisé de faire de la musique. On peut enregistrer facilement avec un ordinateur, une bonne carte son. La porte est ouverte à tout le monde.
Après cela le problème c'est que... oui il y a trop de choix, mais attention ça ne multiplie pas le talent.

Ce n'est pas aussi un problème de majors, de moyens ?

Ce n'est pas un problème. Justement, il y a besoin de moins de moyens pour réaliser un disque. Par contre, il y a besoin de plus de moyens en communication parce que tout est axé sur la communication. Alors les majors, effectivement, ont des espèces d'énormes "Hummers de communication" qui occupent tout le terrain ! Mais qui n'est pas censé non plus intéresser tous les publics. Je ne pense pas que la "com" des majors ait de l'influence sur tes goûts...

Ne trouvez-vous pas que les radios sont limitées à un certain public ?

Franchement je ne crois pas. On peut s'affranchir de cela aujourd'hui, on peut aller sur Myspace écouter des musiques, on peut aller directement sur des sites. Moi quand on me dit "on ne vous entend pas à la radio", ma réponse est "allez sur mon site, allez-y...".
C'est comme les gens qui disent que la télé c'est nul : dans ces cas là, qu'ils ne la regardent pas, tout simplement !
On ne peut pas y faire grand chose... Tu donnes les moyens aux gens de t'entendre comme ils veulent et ils continuent de réclamer que tu passes sur la radio qu'ils écoutent ?!!
J'ai beaucoup de mal à comprendre cela. Un moment donné, il ne faut pas accuser le monde entier, il faut se récuser soi. En même temps, je vis vraiment dans un monde à part, je m'en rends compte même simplement par rapport aux gens qui m'accompagnent. Un exemple : quand on m'annonce que le numéro 1 des ventes est le groupe américain Black Eyed Peas, qui a rempli en 20 minutes un stade de France et que je réponds "mais c'est qui ça ?". Je ne connais pas parce que je suis dans mon monde. Et puis je peux accéder aujourd'hui à tellement d'informations par rapport à ce qui m'intéresse... Par exemple, Sam Phillips qui est une artiste américaine, qui fait du Folk Country américain depuis des années et qui fait des disques géniaux, propose un site sous forme de "souscription" en quelque sorte : on paie un abonnement de 50 $ et elle s'engage à nous fournir 4 à 5 EP par an et un album. Je suis curieux de ces expériences-là car justement ce sont des gens qui s'affranchissent du système. C'est comme le groupe Neubauten qui est un groupe Allemand : les personnes qui participent à la souscription bénéficient de disques supplémentaires, de l'accès au studio via webcam, peuvent donner leur avis ou échanger avec les membres du groupe. Ça c'est à la portée de tout le monde. Je trouve très excitant ce qu'il se passe en ce moment et je pense qu'il faut sortir des "carcans" que nous avons en tête. Même au niveau de la dématérialisation. Je continue à aimer l'objet, je continuerai à faire des disques-objets mais pas seulement un disque qui se limite à une rondelle. "L'homme de mars" que j'ai fait il y a 3, 4 ans, c'est un livre disque que j'ai dessiné... Car si c'est uniquement de la musique alors autant effectivement faire du mp3, sachant que c'est ce que veulent les gens à 90%.

Vous n'avez pas la nostalgie du vinyle ?

Non, j'ai trop souffert des vinyles qui craquent, qui se sont rayés... J'ai réécouté dernièrement des vinyles de l'époque où j'en achetais et en plus le son "grrrrrrrr, rrrrr" c'est gavant.
Mais, il y a des CD qui sont de beaux objets : ils donnent envie de les acheter sans même connaître le groupe. En revanche, je reconnais pour que ce qui est du 30 cm, la pochette, il n'y a pas photo.

Ne pensez vous pas qu'aujourd'hui la culture devient chère pour le français moyen ?

Effectivement c'est cher mais c'est un effort à faire de la part de tous. Aux artistes aussi à faire attention quand ils partent en tournée, ne pas demander trop...
Mais je fais attention à ça. Quand je pars en tournée, je me renseigne sur le prix moyen des places et j'essaie de m'adapter en fonction. Si on doit se déplacer à 2 pour ne pas le dépasser, je le fais.
Ceux qui réclament plus parce que le décor, l'éclairage ou le nombre de musiciens c'est important pour eux, je suis d'accord mais à ce moment-là, faut baisser les salaires etc. Ce qui est en train de se faire assez naturellement.
Mais, il y a beaucoup d'artistes, notamment dans la variété et chez les vedettes, qui pensent qu'on les mérite. Donc si une place est chère, on les respecte et il y a un public qui pense comme ça aussi...

Y a-t-il une hiérarchie dans les artistes ?

Il y a une hiérarchie dans les artistes et une hiérarchie dans le grand public. Le grand public va respecter un artiste pour qui il va débourser 50€ et ne pensera pas à venir voir un artiste pour 10€. C'est tellement peu cher qu'il croit qu'il ne doit pas être bon.
Quand je parle grand public c'est celui qui remplit les Zéniths par exemple.
Moi-même, en tant que spectateur, je vais éviter les Zéniths, sauf exceptionnellement pour un artiste rare que je ne verrais pas ailleurs, et encore ! Et en plus de ce prix élevé, je ne sais pas si c'est psychosomatique, mais je deviens agoraphobe aussi : au-dessus de 2000 personnes, je souffre ! (rires)

En tant que public, vous ne faites des concerts que dans des petites salles ?

Oui, quitte à me déplacer en province pour voir quelqu'un, même s'il joue à Paris au Zénith.

Et en tant qu'artiste, jouez-vous de préférence dans les petites salles aussi ?

Je joue de préférence dans les petites salles mais en même temps, je ne remplis pas un Zénith aujourd'hui, soyons honnête... (rires). Mais si à Paris je remplis un Zénith, je préfère une semaine au Casino de Paris par exemple. C'est beaucoup plus intéressant... pas pour le producteur évidemment.

Dans une petite salle, c'est plus agréable pour l'artiste d'avoir cette proximité avec son public ?

Bien sûr. Mais les grandes salles c'est agréable aussi pour 2 raisons : ça flatte la mégalomanie et on rentre plus facilement dans nos frais. Alors d'un côté la mégalomanie c'est l'affaire du "mec qui est sur scène" et puis l'autre, c'est le côté producteur. Mais il est important de boycotter les concerts trop chers, ça c'est clair.

En 90 vous aviez écris "j'aime un pays", elle est vraiment intemporelle cette chanson ?

Malheureusement oui. Ca "fait chier" de voir que les paroles marchent encore.

Oui, on peut dire que les paroles de l'époque se fondent encore bien maintenant ?

Plus que jamais. En chantant ça, 20 ans auparavant, je pensais que c'était la fin d'une époque... En fait, souvent un chanteur révolté, c'est un "Cassandre", un garde-fou. Un "Cassandre" pour ceux qui ne l'écoutent pas, un garde-fou pour les autres. Il croit qu'il peut pousser les gens à l'insurrection, mais au contraire, il les aide malgré lui à supporter leur condition. On vit dans des autocuiseurs et il est là pour éviter que l'autocuiseur n'explose. La contestation chantée est aussi perverse que la prière à l'église. Elle rassure, redonne du courage, mais ne change rien aux affaires. Au mieux, elle illustre mais elle ne met pas le feu aux poudres. Le temps T d'une révolution est imprévisible. Elle explose soudain et quand ça retombe, il y a un moment de grâce qui va durer un an, 15 ans, 20 ans, 30, les "30 glorieuses" par exemple pour ce qui est de la France et après on repart dans le n'importe quoi. On repart dans l'animal, on redevient la meute. Il nous faut un grand cerf qui brame et qui nous guide, il faut des "béni-oui-oui" c'est désolant, quoi ! Mais là ça dépasse le politique...
On confond émotion et raison à tous les niveaux. Si c'était que dans l'amour encore, ça irait ! Mais c'est à tous les niveaux, même en politique on confond raison et émotion...

Avoir fait la première partie de Calogero vous a-t-il permit de toucher un public différent ?

©Marie Planeille
©Sylvain Gripoix

Ce serait intéressant de poser la question au public et de lui demander si je l'ai touché... L'histoire se situe plutôt-là, c'est ce qui m'a fait faire cette expérience. D'abord parce que je voulais voir quel effet ça fait de chanter dans les Zéniths puisque que je n'y ai pas droit (rires). Et puis dans cette idée-là, ça fait des années que je tourne et je me rends compte que je chante devant des gens qui viennent me voir donc qui sont "acquis". Ou alors, il faut aller dans des festivals où les gens sont là un peu par hasard. Ce qui est intéressant de savoir, c'est : est-ce qu'on touche les gens qui ne sont pas acquis ? Les gens qui sont acquis, on peut les décevoir ou au contraire les satisfaire parce qu'on correspond à ce qu'ils attendent de vous mais pour quelqu'un qui ne vous attend pas, est-ce qu'on est crédible ? Toute l'affaire artistique est là : c'est d'être cueilli par quelque chose auquel on ne s'attend pas.

Cela vous a-t-il apporté un public plus jeune au niveau des ventes de disques ?

Honnêtement, ça n'a rien changé à mes ventes de disques. C'est juste qu'effectivement des gens m'ont découvert. Pour qu'il y ait un suivi auprès de ce public-là, je crois qu'il aurait fallu que je passe sur RTL au même moment et qu'une de mes chansons devienne un tube. Là, j'aurais été crédible pour eux. Dans le sens où je n'ai pas de tube, je ne suis pas crédible. Je rejoins un peu ce que je disais par rapport aux artistes à 50 € la place. Il existe un public pour qui c'est important.
Moi, je continue à avoir mes rêves d'enfant, je continue à penser qu'on peut changer ces choses-là, ce qui amuse certains de mes collègues. Changer le fait que depuis que la chanson existe en tant que chanson, parce qu'avant elle était chantée dans la rue par des inconnus. Depuis qu'elle est représentée par un chanteur vedette, et le premier en date en France c'est Maurice Chevalier, il y a LA VEDETTE et son public qui l'adule, le met sur un piédestal. Mais cela dit, honnêtement je préfère chanter devant des gens avec qui j'ai des atomes crochus, où je sens qu'il y a quelque chose qui se passe plutôt que de toucher des gens qui vont croire à ce que je ne suis pas. C'est ce qu'on découvre quand on a une chanson qui marche, ce qui m'est arrivé quelquefois quand même, où le public grossit et on a en face de soi des gens qui viennent te voir comme une vedette, qui te prenne pour une vedette et qui te demandent des autographes uniquement parce que t'es vedette et qu'ils entendent parler de toi. Moi, je suis ironique face à cela. Ce qui entrave peut-être mon succès parce que je ne joue pas le jeu.
J'ai un souvenir comme ça d'une anecdote qui s'est passée il y a une quinzaine d'années et qui d'ailleurs est assez marrante.
Un jour, je fais une émission sur RTL, une émission en public, où j'interprétais des chansons et je parlais avec l'animateur. Je sors de l'émission, et je me dirige vers le métro, parce que le métro à Paris c'est le meilleur moyen pour circuler ! Il y a quelqu'un du public qui sort et qui m'alpague dans la rue. Il dit "Ah Kent, moi aussi je veux devenir chanteur..." et il commence à me poser des questions, c'était un fan de Sardou, fan de Sardou qui s'est découvert fan de Kent parce que j'étais une vedette. Donc je parle "Ah oui tu veux faire des chansons..." et je lui parle comme on peut parler à des gens comme ça qui se rêvent chanteur et ça nous mène jusqu'à la bouche de métro. Arrivés là je m'arrête, je finis mon exposé et je lui dis : "Voilà c'est tout ce que je peux te dire, au revoir". "Au revoir, Kent et merci merci". Je commence à descendre dans la bouche de métro et il me fait "Tu prends le métro ???"; je réponds "ben ouais..."; "Ah d'accord...". Et il est parti déçu, hyper déçu que je ne sois pas monté dans une limousine avec chauffeur...

Kent fan de Calo ou Calo fan de Kent ? Comment s'est passée votre rencontre avec Calogero ?

Simplement. C'est quelqu'un que j'entends depuis des années ! J'ai accroché sur une de ses chansons, "En apesanteur". Elle me plaisait mais je n'écoutais pas plus Calogero chez moi. Et du fait que j'aimais cette chanson, un jour on m'a offert le dernier Calo qui sortait, "Pomme C". En écoutant l'album, je suis tombé sur des chansons qui m'interpellaient par leur côte "très noir", aussi bien au niveau musical qu'au niveau des textes. J'ai été surpris qu'un chanteur de variété puisse chanter des chansons aussi "noires". Par la suite, j'ai appris que ce disque avait été réalisé à une époque de sa vie assez compliquée.
Je le rencontre plus tard et quand je lui dis que j'ai beaucoup aimé son disque, il est très surpris et à la fois touché que Kent puisse aimer des chansons de Calogero, d'autant plus ce disque en particulier qui n'a pas "marché" mais qui est important pour lui.
Quelques mois après, il m'appelle pour me demander si je veux bien lui écrire des paroles car il fait un nouveau disque sur lequel il a branché également Dominique A, Dick Annegarn... Et je me dis "Bon, ben voilà un chanteur qui est pour l'ouverture."
Parce que s'il y a quelque chose qui m'embarrasse, ce sont les segmentations. Que ce soit Rock, Variété, toutes les barrières "me font chier à mort". Selon moi "c'est bon ou c'est pas bon" : on peut juger qu'un chanteur de variété a fait un très bon disque et qu'un chanteur dit alternatif a fait une merde. Il faut être honnête avec ça.
Alors quand un gars comme Calo m'annonce qu'il fait un nouveau disque avec ces partenaires-là et qu'il souhaite que je participe à l'album, je ne peux que me dire que c'est une personne ouverte et je n'ai aucun droit de méjuger cela.
Donc j'ai commencé à travailler avec lui sur des chansons pour son disque et puis j'étais aussi en tournée avec "Panorama". On a décidé d'enregistrer le répertoire de la tournée pour en faire un disque et, comme je ne peux pas m'empêcher de faire des nouvelles chansons et que j'avais ce texte générique qui présentait la tournée, j'ai proposé à Calo de faire la musique dessus.
L'enchaînement a été de faire sa première partie au Zénith. Je ne sais plus vraiment comment ça s'est décidé... On a justement parlé du public qu'on touche, du public qui ne nous connaît pas et j'ai du lui dire "Ce qui m'amuserait, ce serait de faire la première partie de Calo, me retrouver devant 5000 personnes qui ne me connaissent pas, je serais curieux de voir quel effet je fais.". Il a décommandé des premières parties qu'il avait déjà programmées pour moi.

Et c'était comment pour vous ?

C'était vachement intéressant. J'arrivais devant 5000 personnes en disant "Bonjour, je m'appelle Kent, je vais vous chanter mes chansons". Je jouais des chansons peut être inconnues du public mais que j'avais envie de partager à ce moment-là en terminant mes 30 minutes (parce que si tu fais plus, comme tu fais quand même une première partie de vedette, tu commences à faire chier) par celle qu'ils connaissaient forcément "Quelqu'un de bien", même sans me connaître, moi. Alors il y avait 5000 personnes qui chantaient en se disant "Ah, c'est lui qui a fait cette chanson"...
... Un peu avant est arrivé Fred Pallem dans la loge ... Il intervient : Tu sais qu'elle est internationale cette chanson quand même, (rires) une copine brésilienne qui est arrivée il y a un mois à Paris et elle me demandait avec qui je bossais. Je dis Kent "juste quelqu'un de bien" et elle se met à fredonner l'air. Elle avait jamais mis un pied en France...
Kent : Ce qu'il faut savoir dans ce métier-là, c'est qu'on ne vous aime pas, vous. Enfin, il faut déjà un certain temps pour avoir un public qui t'aime pour ce que tu es. Mais on t'aime pour tes chansons et tu es "des chansons" avant d'être un chanteur. Tu es même parfois qu'une chanson et dans le cas de "Quelqu'un de bien", c'est même pas moi le chanteur donc ça va encore plus loin.
En plus dans mon cas, la chanson et "le mec" ne se confondent pas. Par exemple, Brassens qui a fait toute sa vie la même musique. Pour ma part, je ne recherche pas cela, la vie est trop courte. La musique m'intéresse, les musiques m'intéressent et ce qui me donne envie de reprendre le chemin d'un studio c'est parce que je suis emballé par quelque chose : un genre musical ou des musiciens ou un instrument et c'est ça qui me donne l'envie. Mais répéter un genre m'ennuie. La raison pour laquelle tous mes disques sont différents c'est ça. On accepte ça d'un comédien ou d'un réalisateur. Un réalisateur peut très bien faire un western, un film de science-fiction, un polar et on va dire c'est intéressant de voir la touche qu'il met dans les genres. Un chanteur, quand il décide de faire ça, et bien, pour le public, il brouille les pistes, c'est quelque chose que je peux comprendre mais que je n'admets pas.
Bien sûr que j'ai un public qui me suit et qui attend le prochain en se disant "qu'est ce qu'il va nous faire ?" avec joie et que ça titille. Comme moi, je peux attendre le prochain Costello ou le prochain Bowie. Même si le chanteur est "vieux". D'ailleurs c'est drôle, cette espèce de "jeunisme" mental qu'on a malgré nous, où l'on confond nouveauté et jeunesse. On croit que la nouveauté vient toujours de la jeunesse. Par exemple, quelqu'un comme Neil Young, qui est plus vieux que Bowie, a fait un dernier disque complètement étonnant. Alors là pour le coup, si j'ai entendu quelque chose de nouveau et de déroutant aujourd'hui, ce n'est pas des musiciens de 20 ans qui me l'ont fourni, c'est Neil Young, qui a fait un disque tout seul avec sa gratte électrique avec un son incroyable. Il aurait 20 ans on crierait au génie, on crie encore au génie mais comme il a 70 ans, il y a des générations que ça intéresse moins. On se rend compte que c'est courant, c'est tout le temps comme ça. Dans tout ce qu'on programme, dans tout ce qu'on met en avant on cherche une fraîcheur et on ne pense pas qu'on puisse être frais après 40 ans... L'art n'est pourtant pas un produit laitier.

Vous êtes plutôt Hadopi ou licence globale ?

En fait je ne connais pas si bien que ça le sujet. Encore une fois je pense qu'il faut avoir une vision plus large. Les gens qui participent aux débats sur ces choses-là sont des gens qui s'intéressent à la musique et qui sont même passionnés de musique donc ça fausse les cartes.
Ce qui est intéressant dans le téléchargement illégal c'est que ça évite d'acheter les albums entiers de merde alors qu'une ou deux chansons nous séduisent. On s'est trop fait avoir pendant toutes ces années par les maisons de disques qui ont vendu du vide à partir d'un petit rien. Ca, c'est l'armement de défense des pirates. Mais l'autre argument des vrais amateurs de musique c'est "on aime tellement la musique on en consomme tellement que c'est un vrai budget !" Les disques sont trop chers, ça c'est clair. Quand ils seront moins chers est-ce que ça va changer quelque chose pour le marché général ? Je ne sais pas. Ces amateurs représentent-ils le gros des ventes ? Costello, je l'écoute sur son site. Il met son album en écoute et ça me plait, je l'achète. Parce que je suis artiste et je sais ce que c'est l'achat d'un album ! Ces lois, elles sont faites par rapport à des personnes qui de toute façon n'ont pas envie d'acheter de musique.
Et je crois que c'est pour endiguer la brèche dans le barrage que provoque le téléchargement illégal qu'on case ces lois. Les ventes de disques sont en chute libre. C'est vrai que les grands méchants loups de l'industrie sont blâmables pour les profits indécents qu'ils ont fait. Mais ces profits ont aussi aidé à financer des artistes comme moi. J'en ai bien profité aussi de cette manne en tant qu'artiste "atypique" et je n'étais pas le seul. Quand j'étais dans une maison disque comme Barclay au sein d'Universal, quand Johnny Hallyday vendait 2 millions d'albums en 15 jours, ça me permettait de faire l'album "Nouba" avec les musiciens que je voulais, avec le producteur que je voulais, avec les idées que je voulais et avec la liberté que je voulais. Faut situer ça aussi, c'est que l'argent amassé ne servait pas qu'aux paillettes, ça a aussi servi à Philippe Katherine à ses débuts, ça a servi à Kent, à Noir Désir... Ça permettait de financer plusieurs albums et plusieurs tournées à perte avant d'en tirer profit. Et le profit était tel qu'il remboursait la mise de départ. Aujourd'hui, il n'y a plus ces moyens-là, il n'y a plus d'argent pour ça... Aujourd'hui est un autre jour, mais la création a toujours un prix...

Crédit Photo (bas de page) : Marie Planeille


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Kent est un artiste complet, chanteur, auteur de bandes dessinées, romancier, dessinateur, auteur et compositeur, qui ne cesse d'enrichir la scène française.

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