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Interview de JP Nataf

"Je me sens assez miraculé d'avoir réussi, de donner corps à un fantasme d'enfance". Ancien membre des Innocents, JP Nataf fait carrière en solo depuis 2004 et son deuxième album solo "Clair" est sorti en 2009.

Quelles sont vos influences ?

Ce que je retiens, se sont les influences que l'on a avant de commencer à travailler. Mais quand on travaille, on est aussi influencé. A partir du moment où je fais mon travail, je ne vois pas d'obligation quand je le fais. C'est une question qui m'a paru longtemps évidente. J'ai peut-être des influences qui ne sont pas top ! Pour moi, mes influences sont antérieures au moment où j'ai décidé de travailler dans la musique. Donc c'est plutôt ce que j'aurai entendu lorsque j'étais petit. Quand j'entends une très mauvaise chanson à la radio, par exemple, ça m'influence autant que lorsque j'entends une chanson d'un type dont je suis très admirateur. Ãa m'influence dans mon travail de me dire "ben non jamais ça !" parce que c'est plus difficile de faire une aussi bonne chanson que Jacques Brel, que de faire une moins mauvaise chanson que les choses que l'on entend régulièrement. Mes influences c'est autant tout ce que je déteste que tout ce que j'adore, c'est un mélange des deux.

Est-ce que ces influences évoluent avec le temps ?

Oui ça change parce qu'à partir du moment où on développe son art, son artisanat, et puis qu'on apprend à le maîtriser, à faire des bouts de chansons, on est de plus en plus ambitieux. C'est-à-dire que plus le temps avance, moins je laisse passer des choses que je n'aime pas dans ma production. Alors que ça pouvait m'arriver avant, il m'est arrivé de terminer un disque et hop on le sort ! On n'a pas le recul nécessaire pour se rendre compte que finalement on n'est pas fier de telle ou telle chanson. En général, le disque est gravé, il tourne en public et puis un an après on fait "Oh la la, finalement, je ne suis pas très fier de moi sur ce coup-là." Donc, forcément les influences changent un peu et puis il y a des choses qu'on a déjà faites, plein de choses qu'on a déjà raté et d'autres qu'on a un peu réussies donc oui, au bout d'un moment, on a des influences qui changent !
Je pense que je devais fantasmer quand j'ai commencé à jouer de la musique, de faire des chansons cubaines comme celles de Mc Cartney ou de Vian et puis ensuite je me suis un tout petit peu rapproché du soleil. Je suis très loin de mon point de départ mais je suis encore très loin de mon point d'arrivée.
Plus ça va et plus c'est une question-piège, parce que je vais réduire mes influences à certains artistes, à certains courants musicaux alors qu'en réalité je suis influencé par toute la musique que j'entends, ça peut être la musique classique, du jazz, la musique des 4 coins du monde, certains artistes rock, dans la pop, le reggae, et ce que j'ai considéré comme un bon disque à un moment ou à un autre.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Je ne me retourne pas donc je n'ai pas de regard mais je suis ravi d'être encore là. Je me sens assez miraculé d'avoir réussi, de donner corps à un fantasme d'enfance. Je crois que j'ai voulu faire ça à douze ans et je me retrouve quelques dizaines d'années plus tard toujours en train de faire ce métier-là, avec des hauts et des bas certes, mais je le fais ! Là je me fais interviewer donc vous voyez ça existe.
Je ne me retourne pas tellement, j'ai essayé de faire des choses dont je n'ai pas à avoir honte, j'ai l'impression de faire peu de cas. C'est vrai qu'il y a quelques trucs dont je ne suis pas toujours très satisfait, y compris des choses de mon succès. Je suis assez content de ce qu'il y a eu avant parce que ça m'a permis d'arriver là où j'en suis et je me sens bien. Je sais qu'il y a des chanteurs de carrière où il se passe quelque-chose et que c'est très important d'envisager la suite. Pour ma part, je ne me suis jamais senti aussi bien avec ce que je fais maintenant. Je me sens complètement en phase avec les gens avec qui je travaille, avec les gens qui m'entourent, avec les artistes que je côtoie, avec la façon dont je fais de la musique, avec le monde extérieur !

Ressentez-vous une certaine nostalgie de la période "Les Innocents" ?

Pas du tout, non je me sens très bien là où je suis. Je suis beaucoup plus à l'aise avec ce que je fais maintenant, ça a été fantastique au tout début, mais non, il n'y a pas de nostalgie. Je trouve qu'on a eu une bonne carrière, qu'on a progressé, je trouve que chaque album était meilleur que le précédent. C'est agréable de travailler en groupe, de sentir qu'on a quand même progressé, qu'on n'a pas fait du sur-place, qu'on n'a pas fait machine-arrière. J'ai l'impression d'avoir continué le travail un peu tout seul, d'une autre manière mais avec toujours la même quête. L'objectif est de réussir à écrire des chansons qui me semblent correctes, qui me paraissent justes, proches de ce que j'ai envie d'entendre. Je sais que j'ai encore beaucoup de travail mais en tout cas je n'ai pas l'impression à un moment de m'être arrêté, je n'ai pas l'impression qu'un truc a merdé.
La fin du groupe, ça a été deux ans de ma vie où j'étais un peu inquiet mais ça ne fait quand même pas beaucoup dans une carrière, je me suis vite retourné, il s'est vite passé des choses ! Donc, non pas de nostalgie, c'était très agréable, ça l'est encore plus maintenant.
La seule nostalgie que j'ai est ce qui se passe autour de l'industrie du disque. Les conditions sont beaucoup plus dures maintenant quand on fait de la musique. Peut-être que j'étais un peu trop confortable à cette époque-là, peut-être qu'il y avait trop d'argent⦠Du point de vue "musicien", faire un album et faire au moins une centaine de concerts sur une tournée, ça me semble un minimum pour avoir l'impression d'avoir eu le temps que la machine soit chaude, qu'on arrive à prendre le pouls un peu de l'époque, de ses chansons. C'est vrai que moi, cent cinquante dates, ça me plait. Ãa, c'est un truc si j'avais un regret d'une autre vie, c'est qu'on puisse faire autant de scène.

Qu'éprouvez-vous lorsque vous êtes sur scène ?

Je ne me sens pas un homme de spectacle. J'aime bien l'idée de monter sur scène n'importe où, dans un bar, dans un théâtre, dans une grosse salle, peu importe le prétexte. Alors oui, de temps en temps il y a de jolis éclairages mais enfin là on n'a pas d'éclairagiste en tournée et ça ne me manque pas. La seule chose qui m'intéresse vraiment sur scène, c'est la version qu'on va donner à une chanson un soir, que l'on soit en groupe ou que je sois tout seul avec ma guitare. A chaque fois il faut trouver une autre inspiration, si je la joue avec un camarade chanteur, on vient faire de l'improvisation parce que, c'est vraiment comme un footballer qui vient et qui fait le jeu dans un match. Ce que j'aime vraiment, c'est de savoir que je suis derrière un micro avec une guitare, faut que j'arrive à redonner vie une fois de plus à une chanson qui a été écoutée d'une certaine manière sur un disque ou qui a été jouée différemment la veille et puis la réinventer, la faire écouter pour 3-4 minutes au mieux de ce qu'elle a à offrir et donc de donner aussi tout ce que j'ai à offrir. Cette chimie-là me passionne encore complètement. Tu as le droit à tout l'argent du monde pour prendre une tournée, tu veux fabriquer un décor n'importe quoi ! Je cherche plutôt des salles dont l'acoustique me plaît, où la scène me plaît, avec les musiciens avec qui j'ai envie de jouer, je n'ai plus aucune autre prétention que de jouer de la musique. Je ne me sens pas porte-parole de quoi que ce soit, je ne transmets pas de message particulier, je n'ai pas envie de fédérer les foules, ni d'entraîner un phénomène d'adoration non plus. Enfin, j'ai connu un tout petit peu le succès avec Les Innocents et je ne suis pas sûr d'être très à l'aise avec des gens qui sont en transe, qui crient à ton arrivée. Je crois que j'ai envie d'un truc assez normal, j'ai envie d'une écoute et puis j'ai envie de partage. J'aime bien marquer les gens petit à petit, j'ai une façon de voir les choses un peu comme quelqu'un de mon âge aussi, je n'ai pas été toujours comme ça, heureusement.

Globalement, je suis vraiment bien où je suis. Mais j'estime que je serais plus heureux si je faisais mon métier plus souvent, par exemple : le soir à 21 heures, quand je ne suis pas là où je devrais être⦠c'est-à-dire sur scène. Donc ça m'attriste un petit peu que dans l'industrie musicale en France et dans le Monde, on se pose encore la question "Qu'est-ce qui fait que ce soir je ne suis pas sur scène ?". C'est vraiment la seule grosse frustration dans ma vie professionnelle.

Dans une interview, vous avez confié privilégier la musicalité plutôt que le texte, à l'heure actuelle, est-ce que la scène de la chanson française vous satisfait ?

Je n'ai jamais compris comment on pouvait cadrer la chanson française. C'est tellement diversifié, il y a toujours eu des gens qui ont fait des chansons avec des textes très illustratifs, qui sont dans la chronique sociale ou dans des sortes de musiques plutôt simples, d'autres relatives à une époque comme le yéyé. à côté de ça, on a toujours eu des artistes avec une ambition un peu poétique, avec plus de musicalité et étonnamment, ceux que je vais mettre là-dedans sont considérés maintenant comme des grands auteurs : Brassens, Gainsbourg, Ferrer et Vian. Bashung, quant à lui, avec son exigence auteuriste a réussi à devenir un artiste très populaire avec tout de même quelque-chose d'assez pointu.
Pour moi en réalité c'est un faux débat.
Ce que chante Bénabar, ne me dérange pas tellement, ce qui me dérange, c'est que je ne trouve pas mon compte musicalement parce que mon oreille me réclame du Kurt Weill ou du Gershwin. C'est la musique qui m'a donnée envie de faire de la musique pas les textes. Sinon, je serais journaliste, écrivain, ou autre chose. En réalité, je pense que c'est un problème très français. Récemment, je me suis rendu compte au Chili ou au Brésil que c'était la première fois depuis très longtemps que j'avais des réactions de la part du public sur la musique, après le concert. C'était un vrai bain de jouvence, les gens ne me parlaient que de musique, de ce que j'écoute, ils ne me parlaient pas de textes. Ici, on ne me parle jamais de la musique que j'écoute. Quand on fait de la chanson française, c'est un peu comme en politique, il faudrait savoir si on est dans les 48 ou dans les 52%, en sachant que parfois il y a des alternances, il y a des moments où l'époque est comme-ci, l'époque est comme-ça, comme si ça ne pouvait pas cohabiter. C'est vrai qu'on parle rarement de musique ici, comme à mes petits copains, Bertrand Belin, Mathieu Boogaerts,... On a la même frustration. Je ne sais pas pourquoi, en faisant de la chanson française, c'est un peu comme si on devenait un paria de la musique, c'est-à-dire que les gens ne vous mettent plus dans la même case que le jazz, que la world, le folk anglais. Avec Les Innocents, on avait déjà essayé de brouiller complètement les pistes et ça a prit beaucoup de temps ; maintenant, il y a des gens qui viennent me dire "ahlala, vous avez réussi une carrière incroyable parce que vous avez fait de la pop anglo-saxonne en français" je lui ai dit "on a juste fait de la musique qu'on entendait en France". J'ai espoir qu'un jour, on dise qu'on fait juste de la chanson française.

Après avoir longtemps travaillé avec Jean-Christophe Urbain, qu'en est-il de votre collaboration actuellement ?

Jean-Christophe a travaillé sur mon deuxième album "Clair". On s'est perdu de vue 2-3 ans au niveau du split du groupe parce que je lui en ai un petit peu voulu d'être parti comme ça mais on s'est retrouvé un public. On est encore plus copain qu'avant, puisque maintenant on est débarrassé des problèmes d'égo, de compétition et aussi du fait de se voir tout le temps.
J'avais un peu de mal à finir mon deuxième album "Clair". J'avais fait le choix de partir enregistrer au vert dans une maison tout seul avec mon ordinateur et puis il y a eu un moment où je me suis dit que je n'arriverais pas à finir mon album tout seul. J'avais besoin un peu du regard de quelqu'un d'autre, je commençais à fatiguer et il s'est avéré que Jean-Chri' n'était pas très loin et que ça m'a semblé un choix très naturel. Donc on a retravaillé ensemble. On s'est vu il y a 15 jours pour faire quelques chansons ensemble, pour un petit concert, on est voisin, on sait qu'on a envie à nouveau, de chanter des chansons. Pour le moment, on est un peu occupés tous les 2 donc ce n'est plus qu'une question de planning.

Dans un futur lointain, envisageriez-vous de recomposer un groupe ?

Non, on va dire que non. Pour moi, il y a quelque chose qui est fantastique dans un groupe c'est de faire de la musique à plusieurs et puis l'énergie collective. Mais je connais bien tous les enquiquinements que ça peut représenter. Maintenant j'ai la chance en tant qu'artiste solo de pouvoir faire énormément de projets collectifs. Je fais partie d'un collectif qui s'appelle "le Dahu" avec Pascal Parisot, je peux jouer de la guitare, avec Barbara Carlotti aussi. Je trouve que l'idée d'être un membre non-permanent d'un groupe permet quand même d'éviter toutes les frustrations et tous les obstacles que l'on peut rencontrer quand on bosse en groupe. C'est-à-dire de garder une certaine fraîcheur, d'arriver sur des projets, d'être un peu moins concentré quelque-part, un peu moins à vouloir pinailler sur tout, un peu moins dans les rapports de force. Donc non, je ne ferai plus de groupe jusqu'à la fin de ma vie.

Pensez-vous vous laisser pousser la barbe comme les ZZ Top ?

Je la coupe plus souvent qu'eux sinon elle serait plus longue après j'ai des problèmes de fermeture-éclair ! (Rires) J'assume ma gueule avec ! Au départ c'était plus un truc de flemmard, je suis quelqu'un qui doit partir rapidement quelquefois, donc au début, c'était pour restreindre le temps passé dans la salle de bain parce que lorsqu'on a une barbe et des cheveux comme moi...
Un jour, j'ai songé à la tondeuse ! Mais cette barbe, ce n'est pas un calcul incroyable je trouve que ça me va bien, mon père a eu le même âge, donc j'avais envie de faire un truc comme ça, de montrer cette image-là et puis j'aime bien parce que ça m'affirme un petit peu. On vit dans une époque qui est très policée, très photoshop quelque-part donc ça fait une image pas trop lisse, un peu bordélique.


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