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Fantastic'Art :
interview de David Moreau et Xavier Palud

A l'occasion de la 17e édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer qui s'est déroulé du 27 au 31 janvier dernier, la rédaction de Notulus a eu a l'immense joie d'interviewer les deux co-réalisateurs de "Ils" et "The Eye", David Moreau et Xavier Palud. Un entretien généreux, sans fards ni tabous que nous vous proposons de découvrir ensemble :

Vos 2 premiers films étaient des films d'horreur. Est-ce que c'est un souhait de se spécialiser dans le genre ?

David Moreau : Oui, mais on a envie de faire tout type de cinéma. C'est le genre qui nous a permis de commencer. Il permet pour peu d'argent de pouvoir raconter des histoires pour tout le monde. Dans la restriction, on doit trouver des idées pour raconter de la manière la plus efficace. Parce qu'il n'y a que la mise en scène qui peut faire un bon film. Les acteurs sont très importants, mais il n'y a que la mise en scène qui peut faire un bon film. En général, un film de genre mal réalisé ne sera jamais flippant. Et c'est assez excitant de s'atteler à cet exercice-là, à ce genre. C'est vraiment jouissif de voir quand on a réussi à faire peur au public. On voit les gens dans la salle, les filles qui se blottissent contre les garçons. C'est vraiment très agréable. C'est un plaisir. Moi quand j'étais gamin, j'enfermais mes copains et mes copines dans les cages de mes chiens et je leur faisais des trains fantômes. Donc finalement, je fais à peu près la même chose en tant qu'adulte. C'est plutôt pas mal. J'ai plutôt de la chance.

On pourrait alors vous voir un jour réaliser un film d'action ou une comédie ?

Et bien là, j'ai un projet de comédie, une grosse comédie que je suis en train de développer. J'ai un projet de thriller. Si j'ai la chance de pouvoir faire tous les genres possibles, je le ferai. Tout m'intéresse.

Le fait d'être invité au Festival comme membre du jury, vous n'avez pas l'impression qu'on vous étiquette "réalisateur de film de genre" ?

Comme on a fait 2 films de genre, on nous demande de faire le jury pour ce genre de cinéma. C'est plutôt rigolo. Et puis faire le jury dans un festival, ça reste du plaisir. Les gens ne vous cataloguent pas parce que vous faites le jury sur un festival. D'ailleurs, les autres membres du jury ne sont pas que des gens du genre...

Après avoir réalisé le remake d'un film asiatique aux Etats-Unis, que pensez-vous du système hollywoodien ?

C'est une expérience géniale et c'est en même temps un peu frustrant parce qu'on se rend compte qu'ils ont déjà une idée du film qu'ils veulent faire et que la place, le degré d'improvisation ou de création est assez restreint. C'est par rapport à ça que c'est un peu frustrant. Mais l'expérience d'aller faire un film là-bas et de voir comment ils travaillent est forcément passionnante.

On a vu dernièrement beaucoup de films fantastiques espagnols et pas énormément de films français. Comment expliquez-vous ça ?

C'est qu'il n'y a pas beaucoup de producteurs qui ont envie de financer ce genre de films. Parce que ce genre de films, quand c'est français, ça ne marche pas. C'est difficile de vendre ce genre de films et donc voilà... Comme malheureusement les derniers exemples sont des films qui n'ont pas marchés en salles... Les gens qui financent le cinéma ne sont pas des gentils créanciers qui jettent l'argent par la fenêtre. Ils ont envie que les films soient cohérents dans la manière dont ils sont produits et surtout qu'ils soient rentables. Comme ils le sont rarement, c'est difficile de faire ce cinéma là. Alors qu'en Espagne, c'est beaucoup plus leur culture, et il y a un public beaucoup plus large pour ce cinéma-là. C'est un truc culturel...

Pourtant on voit plutôt l'Espagne avec le soleil et les plages, et la France avec ses grandes forêts...

Mais ce n'est pas qu'une question de géographie ou d'histoire, c'est aussi une question de culture. C'est un pays beaucoup plus croyant que la France. Encore aujourd'hui.

Xavier nous rejoint, David est demandé pour une séance photos.

Xavier Palud : C'est qu'il y a quelque chose d'assez fort dans la culture espagnole par rapport à la religion. Ils sont extrêmement croyants. Il y a aussi plein de symboles auxquels ils sont attachés. Et je pense qu'il y a des choses tout de suite plus évidentes pour eux par rapport à nous. Finalement, pour nous, une histoire d'exorciste ça prête à rire... Les espagnols, comme les mexicains ou les gens d'Amérique du Sud, sont tous très croyants. Ça change déjà beaucoup de choses. Parce qu'il y a une multitude d'histoires à écrire. Ça veut dire qu'ils sont prêts à suivre des mythes, des histoires différentes... En France, c'est beaucoup plus difficile d'y croire. Vous êtes obligés d'avoir un contexte réaliste beaucoup plus fort, pour arriver petit-à-petit à quelque chose qui pourrait se référer à des histoires de fantômes, de religion, avec le Bien et le Mal... Pour nous c'est un peu abstrait. Et je pense qu'il y a beaucoup de gens comme ça en France, qu'ils soient pratiquants ou athées... On n'a pas un désir profond, une fascination pour les fantômes. C'est marrant, on en parlait tout à l'heure avec David : dans les années 30 - 40, le cinéma fantastique en France était quelque chose d'extrêmement présent. Un vrai cinéma de qualité avec de vraies histoires. Aujourd'hui, quand il arrive à exister, ce n'est plus qu'un cinéma d'horreur sanguinolant... Ce que je dis n'est pas péjoratif, mais il n'y a plus de place pour le reste. Et du coup, le Fantastique sonne toujours avec quelque chose de péjoratif. C'est toujours lié à des choses absolument épouvantables, alors que le cinéma fantastique, ou de genre (enfin je ne sais pas si on pourrait dire genre parce que finalement la comédie est un genre, le drame en est un autre...) peut aussi décrire une histoire d'amour. C'est complètement envisageable. Après, c'est toujours le même problème. Ce sont nos codes qui sont très ancrés dans une réalité, dans du concret, donc c'est difficile. Mais pour moi, le film de genre ne se connote pas qu'à des "survival" ou à des choses comme ça. Et la différence aussi, c'est qu'en France les gens montent des coups dès qu'il y en a un qui marche. Tu prends "Promenons-nous dans les bois", ensuite ils ont fait les "Bee Movies"... Sauf que ça n'avait pas de sens ! Tout s'est planté. Puis après il y a eu "Ils", qu'on a fait avec David. On a eu extrêmement de chance. On a réussi à rencontrer le public. On a fait 250 000 entrées, ce qui est absolument phénoménal pour ce genre de films. Et c'est vrai qu'en France, le producteur qui voit ça se dit : "Tiens! On va faire des trucs comme ça !". Il pense que c'est juste le "survival" qui marche. "Celui là a fait comme ça, donc on va faire pareil ! On va faire aussi 250 000 entrées". Alors qu'en Espagne, il y a une vraie culture, une vraie conception d'histoires. Je pense que c'est la différence. Ils essaient de monter un projet, de raconter une histoire. En France, on essaie de faire un coup. Ce qu'ils estiment efficace : "On monte trois mecs dans une maison et puis on les égorgent tous...". Et peu importe si cela a du sens ou pas. Je ne dis pas que c'est bien ou mauvais. Il y en a certains qui sont biens et d'autres pas du tout. Mais ça s'arrête malheureusement à ça.

Par rapport à ces difficultés du cinéma fantastique français, est-ce que c'est difficile de rester impartial en tant que membre du jury face à un film comme "La Horde" ?

Non. Et je pense que pour David c'est la même chose. Moi le seul truc qui m'intéresse, quelque soit le genre, c'est d'avoir des surprises quand je vois un film. Ça peut être un film d'auteur en plan séquence comme un film extrêmement dynamique. J'aime tout. J'ai juste envie qu'on me surprenne. Mais la surprise n'est pas forcément le choc. C'est la vision de quelqu'un par rapport à un sujet. Tous les sujets ont de toutes façons déjà été racontés. Je crois qu'il y a 36 ou 38 constructions dramaturgiques dans le scénario, il me semble. Donc il y a longtemps que cela a été éculé. Ce que j'attends du festival, c'est juste d'être surpris. Après, c'est vrai que s'il y a un film français qui est chouette, j'aimerais le défendre. Et je le défendrai. Mais je ne veux pas me dire que parce ça c'est français je vais le défendre. On a besoin d'être séduit. S'il n'y a pas le petit truc de séduction. Enfin, peut-être, je ne sais pas... S'il y en a deux qui sont séduisants... Je ne suis pas sûr. Je crois qu'au bout, c'est vraiment un choix par rapport à la vision qu'à quelqu'un d'une histoire. Et la manière dont il essaie de la raconter, de nous surprendre, de nous faire rêver ou faire peur...

Parce que j'imagine que vous avez été dans la même position qu'eux : défendre un premier film fantastique.

Oui. Un peu aussi comme l'équipe qui a présenté le film "Dans ton sommeil" pour l'ouverture du festival. Bien sûr. Ce qui est touchant, c'est de voir que quand on arrive à accomplir ça, on est tous fiers. On est tellement heureux et tout ça... C'est fabuleux! Et en même temps, c'est tellement dommage qu'il n'y ait pas de gens qui suivent ça, qui essaient de mettre ça en avant. Et que ce soit juste un truc de retrousser ses manches, de partir en guerre, de faire son film. Même si je pense que pour beaucoup de premiers films, quelque soit le genre, c'est un peu le cas. Mais spécialement pour le film de genre parce que vous avez zéro euros! Ce qui est rigolo, c'est que c'est là où il faut vous montrer créatif. Quand vous n'avez pas de moyens, il faut trouver des idées. C'est intéressant pour cela mais ça crée aussi des fossés assez terribles dans le cinéma de genre. C'est-à-dire qu'en général, ou c'est bien ou c'est pas bien. Il y a peu de films qui sont entre les deux.

Comment avez vous fait, vous, pour démarrer ?

Moi j'étais assez mauvais à l'école. J'ai essayé de faire un Bac Cinéma, que j'ai fini par avoir. Un parcours très chaotique. En fait ce qui m'a aidé, enfin si je puis dire parce que je me suis vraiment démerdé tout seul, c'est le fait de passer un Bac A3 Cinéma. Cela a créé une sorte d'émulsion entre tous les élèves, et en fait, chacun essayait de se démerder pour aller bosser sur des plateaux. Je ne sais plus si ça existe encore d'ailleurs le Bac Cinéma. C'était le Bac A3. On faisait son propre film dans le courant de l'année, et on devait le défendre dans une épreuve à la fin de l'année, donc expliquer pourquoi on avait fait ça. C'était assez marrant parce que ça nous poussait dans un contexte relativement réaliste pour faire des films. Puisque malheureusement c'est aussi une économie, il faut séduire des gens pour leur donner envie de vous donner de l'argent, de vous épauler, et les emmener avec vous dans une aventure. Donc ce qui était rigolo, c'est qu'il fallait réfléchir comme pour un vrai film de cinéma. Ça allait au delà du truc de potes. C'était la première épreuve où il fallait que ça ressemble concrètement à quelque chose et être capable de le défendre. Il y avait aussi je crois l'œuvre complète d'un réalisateur. Et il me semble qu'il y avait une analyse sur un film, comme pour les textes en français. Il y avait dix ou douze films que vous étiez sensé avoir étudié. C'était assez balaise d'ailleurs. Vous deviez être capable de défendre et de faire une vraie analyse d'un film. C'était une bonne école. Je dirais meilleure que ce qui a suivi derrière. Parce que j'ai essayé de faire une Fac, où finalement j'ai eu l'impression de refaire un peu la même chose et de rencontrer des gens qui étaient plus là pour partager une passion du cinéma que pour vraiment se retrousser les manches pour faire des films. J'ai essayé une école pendant un an. J'ai eu la chance que mes parents m'aident pour faire une école qui était payante. Mais j'ai arrêté parce que je trouvais que c'était de l'argent dépensé pour rien. Et mes parents se saignaient aux quatre veines. Je ne voyais pas l'intérêt. J'avais l'impression que ce n'était pas essentiel. Et puis toute la bande de copains que, petit à petit, j'avais eu au travers de l'école, a fait que l'un a appelé l'autre... On a fait des courts-métrages, puis il y en a un qui a bossé sur un film donc il a appelé l'autre quand il y avait besoin de quelqu'un pour porter les cafés... J'ai balayé les plateaux et porté les cafés au départ. Et petit à petit, j'ai essayé de faire des courts-métrages. J'ai fait à peu près tous les postes possibles sur les courts-métrages... J'ai poussé les travelings, fait la régie, fait de la direction de production... Chacun a une histoire vraiment différente mais je trouve que ça reste aussi avant tout un métier de terrain. Et ce que je trouve formidable aujourd'hui, même si je ne suis pas si vieux que cela puisque je vais avoir bientôt 40 ans, c'est que quand j'avais 20 balais, c'était un enfer pour trouver des caméras. Et c'était un enfer pour monter, puisque vous montiez sur ce que l'on appelle des bornes U-Matic. C'était des espèces de grosses cassettes. Personne n'en avait. Il fallait les trouver. C'était dans des écoles qui étaient évidemment archi-saturées, on ne pouvait jamais y avoir accès. Ça laissait finalement peu de chance. J'ai fait des petits films en Super-8 que je coupais moi-même... Ça restait très compliqué et artisanal. Et ce qui est fabuleux aujourd'hui, c'est que vous pouvez faire des longs-métrages : il suffit que vous ayez un tout petit budget avec un ordinateur et très sincèrement, si vous êtes malins... je suis sûr que pour 8 000 €, tu as un film qui a une gueule incroyable ! Un film que tu tournes toi-même, dont tu fais la prise de son toi-même et que tu peux monter toi-même, étalonner toi-même, et tu peux mettre des effets spéciaux incroyables que tu fais par toi-même... Un vrai film de cinéma ! C'est une chance incroyable ! Et je pense que si j'avais un conseil à donner au jeunes aujourd'hui : "Allez-y les gars ! Il faut faire des choses". Moi, je sais que même dans la galère, je tournais. Même s'il y a des trucs que je n'ai jamais monté. Et j'écrivais des histoires. C'était un vice, je ne pouvais pas faire autre chose dans la vie. Même quand c'était très dur financièrement, je ne lâchais pas. J'allais faire n'importe quoi comme métier à la con, et je ne lâchais pas. Mais c'est long. J'ai attendu l'âge de 35 ans pour faire mon premier long-métrage. Et j'ai eu la chance d'avoir suivi des cours avant et du coup de faire des pubs. Et voilà. Mais c'est un métier de volonté.

Comment vous vous êtes mis à travailler ensemble ?

On s'est rencontré sur une série. David était assistant-réalisateur et je m'occupais de gérer toute la figuration, de faire le casting. On ne s'est pas du tout apprécié au début, puis on s'est retrouvé un peu par hasard. Il est venu à 1 ou 2 projections de mes courts-métrages. On s'est retrouvé un soir où on a picolé jusque 3h du mat', puis tout le monde est parti et on a continué à discuter. On a écouté des musiques de films jusque 8h du matin. Et en gros on a su ce jour-là qu'on s'entendait de manière incroyable. C'est comme une histoire d'amour.

Tous les deux fans de musique de films ?

Oui. C'est au travers de ça qu'on s'est rencontré, qu'on a eu un vrai coup de cœur. Et on a commencé à essayer de faire des choses ensemble. Pas en tant que co-réalisateurs. C'est pas venu tout de suite. On a essayé de travailler dans une société de production et de réaliser un petit programme court. On avait fait 3 épisodes. Chacun de nous avait réalisé un épisode. Une fille en avait fait un autre. Mais il y a eu un imbroglio avec la boite. Et ça n'a pas abouti. Alors qu'on avait tourné, monté... Et du coup, un peu de rage, et aussi de rage d'avoir toujours dû faire nos courts-métrages par nous-mêmes sans jamais être financé, on s'est dit que plutôt que de galérer chacun de notre côté, pourquoi ne pas associer nos forces ? Vu que l'on s'entendait bien et que l'on passait 23/24h ensemble. Et on a commencé à se dire "qu'est-ce qu'on peut faire qui peut être viable avec les moyens qu'on a ? ". On a essayé d'écrire un film qui soit suffisamment simple pour qu'on puisse le monter nous-mêmes. Donc l'autoproduire. On est tous les 2 fans du cinéma populaire. On avait pas envie de faire un film d'auteur. Et on s'est dit que soit on faisait une comédie, soit un film "qui fait peur". Je préfèrerais presque cette appellation-là parce que genre c'est tout de suite "horreur", "sang" alors que ce n'est pas forcément le cas. Et on a donc choisi ce dernier parce que la comédie telle qu'on a envie de la voir, on la veut avec de la figuration, de la musique, tout ça... Ça allait être très compliqué. Donc on est parti sur l'idée de faire un film "qui fait peur". D'autant plus qu'on trouvait qu'il y avait assez peu de films "qui font peur" qui sont vraiment réussi. Je pense que c'est un genre du cinéma où il y a vraiment très peu de bons films. Comme je disais, c'est ou mauvais ou bien. Je pense qu'il y en a 20 ou 30, en tout et pour tout dans toute l'histoire du cinéma, qui sont vraiment biens. Alors qu'en comédie, je suis sûr qu'on en trouve 150. Et des films qui vous auront vraiment étonné, surpris, choqué, foutu les jetons... Il doit pas y en avoir beaucoup.

Tu peux en citer quelques-uns qui t'ont vraiment emballé ?

©Xavier Palud - Notulus
©David Moreau - Notulus

J'aimais beaucoup le cinéma de Carpenter d'une certaine époque. Quand il a fait "Halloween", c'était énorme ! Ou quand il a fait "The Thing", qui a été un film complètement incompris à cette époque-là et qui est complètement à la mode aujourd'hui. Je pense que si le même film était sorti aujourd'hui, il aurait fait un carton. Ou en tout cas il y a 2 ou 3 ans. Je sais qu'ils veulent faire une suite. Ils nous avaient demandé d'ailleurs si on était intéressé. Et on avait dit oui si on racontait l'histoire qui se déroulait avant. Ce qui arrive aux Norvégiens. Pour un remake, on avait dit oui mais on s'est finalement dit que c'était une très mauvaise idée... Tu fais le remake d'un film moyen ou mauvais, mais tu ne fais pas le remake d'un film que tu considères comme un chef-d'œuvre. Qu'est-ce que tu vas pouvoir apporter ? Et en plus, je trouve que Carpenter était un vrai metteur en scène à une certaine époque. Enfin un mec incroyable. Comme McTiernan (président du jury 2010). Il pose 3 plans et tu sais où tu es dans l'espace. C'est très important. Aujourd'hui, comme beaucoup de films qui sont des énormes succès, un "Blockbusters" comme "Transformers", au delà de l'histoire, le film est incompréhensible ! Je ne comprends jamais ce qui se passe. Ils se tapent sur la gueule, tu as des gros plans de bras, de machins... Et c'est chiant parce que ça te sort du truc ! Tu deviens spectateur, tu n'es plus jamais invité à partager. T'es juste invité à fantasmer sur un truc que tu essaies de comprendre sans y arriver.

Sur les explosions et les effets spéciaux...

Voilà et ça pête de partout. Mais surtout le deuxième. Parce que le premier, ce n'était pas évident l'idée d'adapter ce truc là au cinéma. Donc il y a 2 ou 3 scènes qui ne sont pas trop mal foutues. Pour voir les robots, y croire, tout ça... Même si je trouve le film vraiment pas bon. Mais au moins voilà. Là, sur le deuxième il ne s'est même pas posé la question. Tu ne comprends jamais rien ! Tu regardes les découpages des films de Spielberg : c'est toujours à peu près valable. Même si aujourd'hui, c'est très loin de ce qu'il avait été à une époque. Tu Regardes "Les Aventuriers de l'Arche perdue", "Les Dents de la mer"... Le découpage il est monstrueux ! Tu fais le même film aujourd'hui, découpé de la même manière, juste avec de nouveaux acteurs et la lumière d'aujourd'hui : ça marche de la même manière ! Tu n'as pas besoin de sur-découper en permanence les films pour donner l'impression qu'il y a du rythme. Parce qu'en réalité ce n'est pas ça qui donne du rythme. Le rythme c'est savoir s'arrêter à un moment donné, prendre le temps, puis repartir et d'un seul coup accélérer. Ce n'est pas qu'il se passe des choses tout le temps. Clac Clac Clac ! Par exemple là, on discute tous les 3 : Michael Bay, il place une caméra sur chacun, en gros plan, dans le même axe en plan poitrine ou plan taille. Et en plus tu auras 2 caméras qui tourneront autour de la table. Il tourne ça et il dit au monteur : "Voilà, tu me mets 2 plans par seconde et il faut que ça pulse !". Mais ce qui est intéressant, c'est de comprendre ce que les gens se racontent! S'il y a une émotion à donner entre un mec et une nana qui discutent, c'est de sentir ce truc là. Tu vas pas donner du rythme et l'impression qu'il y a une efficacité parce que tu changes de plan. Pour moi, c'est ça la mise en scène. C'est d'être capable de trouver la manière dont tu vas placer ta caméra dans ta séquence, la manière dont tu vas faire jouer tes comédiens par rapport à cette caméra, et l'intention que tu veux donner, pour qu'à l'arrivée de ça, tu ressentes une émotion et que tu suives une histoire. Parce que le cinéma c'est ça. On nous conte des histoires. C'est ça qui est important. La mise en scène, ce n'est pas de faire bouger la caméra très vite. C'est tout, sauf de la mise en scène. Ça, n'importe qui peut le faire. Quelqu'un qui travaille dans le cinéma ou pas.

Avec ou sans argent...

Même sans argent. Je te donne une caméra. Je te demande de filmer le comédien ou la comédienne qui se parlent tous les deux... Et je ne sais pas, elle sort un couteau et elle le plante avec le couteau. Tu regardes "Saw", ils vont te faire 15 plans qui tournent dans tous les sens parce qu'ils ont l'impression que c'est plus impressionnant. Mais ça l'est pas, c'est plutôt ridicule ! Alors que peut-être un plan un peu éloigné avec un traveling, tu entends juste les paroles en sourdine. Tu ne sais pas ce qui se dit et tu vois ces deux-là qui discutent. Tu sens bien que chez la fille, il y a quelque chose qui ne va pas du tout. Et c'est pesant. C'est lent. Et d'un seul coup, dans le même plan (je vous donne un exemple peut-être stupide), elle prend le couteau et CHLAK ! Elle plante ! Et le truc peut-être 1 milliard de fois plus violent, parce que tu ne t'y attends pas. Tu ne pensais pas que ça irait aussi loin. Alors que si tu vois 20 gros plans sur la fille (imitation d'une fille qui suffoque par Xavier Palud), qui joue très mal, parce que la plupart du temps c'est ça... Et les producteurs remontent, retaillent dans les films derrière... Ils ont toujours l'impression qu'un acteur qui joue ça doit se voir. C'est terrible. Alors que justement, un acteur qui joue, tu dois oublier qu'il joue pour te faire ressentir le truc ! Ce n'est pas parce que tu as un mec qui roule des yeux et qui en fait des caisses, que ça va être impressionnant. Si au contraire tu as quelqu'un complètement content et qui pose juste le doigt là, sur le pot de confiture (posé sur la table...) Et qui regarde comme ça, et parle à quelqu'un et le mec explose d'un seul coup ! Ça peut être terrible ! Mais ça pour eux, ça ne parle pas. Parce que ce sont des plans peut-être plus longs... Et c'est ce qu'on a voulu faire au travers d' "Ils". Voir si on était capable de trouver une idée qui va donner cette émotion-là. Et en parlant un peu autour de nous, les gens nous ont dit que la chose qui les terrorisait le plus, c'était l'idée que quelqu'un rentre chez eux. On s'est dit qu'on allait prendre ce truc qui est vraiment l'histoire la moins originale du monde. Mais essayons de faire en sorte que les gens qui voient le film ne se sentent pas spectateur, que ce ne soit pas le cas de Clémentine... Mais l'histoire de Pierre-Yves et Lucie (c'est nous !). Que vous vous projetiez dans le film. Notre point de vue était donc la suggestion. S'il se passait des choses, être toujours dans le point de vue des personnages, comment vous, vous seriez dans leur situation. Si quelqu'un frappe à une porte, il y a un truc qui est tout de suite efficace : les personnages sont dans la pièce, tu fais quelques plans tout ça... Tu as ton plan sur la porte et derrière tu montres un poing en très gros plan. POM POM POM ! Ou une silhouette de dos et tout de suite c'est efficace. Et ce qu'on a essayé de faire avec le film était vraiment sans filet, parce qu'on s'est dit que c'était ça qu'on voulait vendre. C'est notre vision de la peur. On va essayer de faire partager cette idée-là au spectateur. Allons au bout. Et ne prenons jamais de sécurité avec ce plan de silhouette ou de poing qui tape contre la porte. Parce que ça va tenter le producteur forcément, ou nous tenter nous en post-production. On va vouloir les intégrer parce que ce sera tout de suite plus efficace. Et en fin de compte, on savait aussi que le film qu'on allait faire allait être en grande partie sonore. La bande-son participait à cette idée là. Quand quelqu'un tape dans une porte et que tu es dans la pièce, il y a tout le son... Peut-être les 3 bouts de pas que tu vas entendre. On travaillait vraiment là-dessus. Et quand on est arrivé au bout du premier montage. On n'avait que quelques effets de son mais pas énormément. On était désespéré. Mais on s'est dit : "On va au bout de ça, on se bat pour ça !". Et on a donc fait venir les ingénieurs du son, qui ont vu le film et ont complètement compris ce qu'on avait envie de faire. Ils ont travaillé 3 semaines. Ils nous ont organisé une projection avec un pré-mix. Et quand on a vu le film avec le producteur, on est resté tous les 3 et on s'est dit qu'on avait réussi notre pari. Le film à des milliards de défauts. Les défauts d'un premier film. Mais le fond de ce qu'on voulait raconter, la démarche qu'on avait eu... Je pense que cela fonctionne. Après, au spectateur d'adhérer ou pas. Certains ont vraiment détesté cette idée là. Ils préféraient l'efficacité des films de genre aux fameux plans qui sont souvent référentiels à d'autres films... Que j'adore aussi ! Mais c'était un autre parti pris que l'on voulait. Parce que finalement faire des films, c'est un point de vue. Si c'est pour refaire ce qui a déjà été fait, ce n'est pas marrant. Bien sûr, on a tous une culture du cinéma quand on est passionné. Mais ce qu'il faut c'est la désapprendre et essayer de se mettre soi-même en danger face à la feuille de papier et après face à la pellicule et aux acteurs. Pour essayer d'apporter quelque chose. Ce qui est très difficile aujourd'hui où les gens reproduisent de schéma préétablis, surtout aux Etats-Unis, qui a été un pays incroyablement créatif en cinéma populaire, d'horreur, de divertissement, tout ça... Et qui aujourd'hui ne fait que reproduire des schémas.

Tu veux parler de tous ces remakes U.S. ?

Mais oui. Et même nous, quand on a fait "The Eye", c'était vraiment le problème ! Ils ne veulent pas décoller de ça. En plus, le problème aujourd'hui c'est que ce ne sont plus de vrais producteurs mais des financiers. C'est-à-dire que quand ils font un film, ils ne tournent le film qu'après une étude de marché, pour savoir comment ils vont récupérer de l'argent et voir si c'est vraiment possible de le faire. C'est pour ça qu'ils font des remakes ! Ils voient qu'il y a une efficacité donc ça les rassure. Ils sont incapables de lire un script. Ils dépensent des millions de dollars pendant des années pour rien parce que finalement ils ne savent pas lire un script. Le premier moment où ils se rendent compte de ce qu'est le film, c'est au montage, après le tournage ! Et c'est pour cela que d'une manière extrêmement normale et générale, 90% ou 95% des films ont une enveloppe prévue pour ce qu'on appelle des re-shoot ! C'est-à-dire qu'il y a 2, 3 ou 5 jours qui sont naturellement prévus pour les re-shoot. Parce qu'arrivés au moment où ils voient le montage, ils se disent : "Bon, on va couper ça et mettre un peu plus de ci et ça...". C'est terrible. Il n'y a aucune conception établie à la base parce que tout le travail en amont n'a finalement servi à rien. Le script, tout ça... Puisque qu'ils sont prêts à le déconstruire après en pensant toujours détenir la science infuse. Alors que je pense que s'il existait une formule, on le saurait.

Nous qui allons voir "Halloween 2" ce soir, on risque d'être déçus alors ?

Je ne sais pas. Je n‘ai pas vu le premier remake non plus. Mais ce n'est pas parce que je n'ai pas voulu le voir. Je l'ai zappé. C'est parce qu'on était encore en train de travailler sur "The Eye" quand c'est sorti, il me semble. Mais j'irais bien les voir ! C'est souvent malheureusement... Je ne suis pas contre faire des remakes, mais c'est juste que je pense qu'il faut le faire sur des films qui ne sont pas complètement réussis, ou alors qui sont d'une culture vraiment très différentes, sinon ça n'a pas d'intérêt. En tout cas en tant que réalisateur, moi ça ne m'intéresse pas. Après je peux comprendre leur démarche. Mais c'est dommage qu'il n'y ait plus d'imagination. Et de toute façon quand il y a un bon script, il y a tellement de gens, ce qu'on appelle les exécutifs, donc des gens qui sont prêts à investir dans le film... Et quand tu as 5 ou 10 personnes sur un projet, tout le monde a envie de dire un truc, et au bout d'un moment, après avoir dépensé des millions de dollars, le film ne ressemble plus à rien ! Le film est tourné, c'est un "gloubiboulga" et ils t'en font un hachis Parmentier. Le film sort et tu te dis que c'est con parce qu'il y avait une bonne idée et que c'est complètement pourri ! Et ce n'est pas parce que le réalisateur ou le script à la base étaient nécessairement mauvais. C'est parce que le système d'Hollywood veut que ça devienne une bouillie infâme. En même temps, faire des films là-bas, c'est rigolo aussi. Quand tu as compris un peu le système. Il faut leur donner l'illusion qu'ils ont toujours raison. Car finalement ils vous engagent. Vous êtes un technicien pour eux. Aujourd'hui, j'ai très envie de revenir faire un film en France avec David. Mais j'ai tout de même 2 projets là-bas, et j'ai envie de jouer le jeu maintenant que, justement, je connais bien les règles. Du travail, du script jusqu'à la finition du film. Être capable de faire ça, c'est un vrai challenge. Comme sur une publicité en fait. Quand on travaille sur une pub c'est ça : toujours donner l'illusion que le client, celui qui vous embauche, est le roi. C'est un jeu rigolo. Maintenant, je ne pense pas que je le ferai toute ma vie, parce que c'est aussi très fatigant.


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