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Anis

Ainsi, Anis remet son titre en jeu.
Sa mise : quitte ou double. Sur le ring ?

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LE fameux second album… Avec un sévère handicap, son premier album - « La Chance … » - étant champion dans sa catégorie (aujourd'hui écoulé à 130 000 exemplaires) ! 2008 : RODÉO BOULEVARD n'a pas à rougir pas de cette fratrie. Et même, il pousse l'effronterie jusqu'à vouloir reléguer son aîné au rang de cadet. C'est qu'il a les épaules pour faire sa loi. Alors, retenez vos places, car l'artiste continue d'assurer le spectacle.

Rappelez-vous le premier single « Cergy » : il résonne encore à nos oreilles. Un truc terriblement accrocheur et fort bien écrit, dispensant sur un air sépia et bluesy les souvenirs fichtrement contemporains d'un p'tit gars de banlieue. Un vrai bon titre écrit comme on marque un panier, qui sentait le vrai et le talent, en reflétant l'esprit original et métissé de notre époque. Un frais méli-mélo d'influences musicales, une interprétation pleine de tendresse, la crédibilité d'un vécu et… Un chant. Quant à l'album entier ? Un sacré paquet cadeau qui, loin d'avoir déballé son discours avec ce seul single, confirmait notre envie de l'écouter tout du long (réécoutez « Le sommeil », « Louise et Thelma », « Pensées amères », « Avec le vent »…) ! C'était en 2005. Anis débarquait en force dans l'arène balisée des tubes formatés, sans être, même de loin, inféodé au système. Parce qu'il était en bourlingue depuis déjà un bail.
« J'avais 21 ans, vers 1998. Je créchais dans un petit appartement, et cumulais les jobs, en démerdard. C'était aussi le moment où je faisais de moins en moins de musique. C'est le chanteur Frédo (Les Ogres de Barback) qui m'a dit «!va chanter dans le métro ! ». Ce que j'ai fait. Et la première fois que j'y ai chanté, je me suis fait 300 francs en une heure!!!». Une fois les bons spots repérés, dont la ligne 6 (Paris), il rentre le soir, de la mitraille plein les poches. « Je chantais 7 heures par jour, sans me ménager ni chauffer ma voix auparavant. Très souvent, je terminais aphone, mais je m'en moquais, je continuais à parler toute la soirée. J'étais trop content…!». Ne cherchez pas ailleurs le façonnage de son grain désormais outrageusement voilé. Anis, qui chante depuis ses 10 ans, a fait surgir, par la force de son enthousiasme, SA voix… À l'époque, parmi ses reprises fétiches, on compte Bob Marley, Finley Quaye, Bob Dylan… Jusqu'à ce qu'un passant lui réclame une chanson en français. Anis s'aperçoit vite que ça lui prend moins de temps d'en écrire une que de repiquer un titre existant.

Le chanteur est issu des classes moyennes. À la maison, c'est sa mère qui collectionne les vinyles : « des centaines de disques du folklorique mondial et bien sur les Beatles, les Stones, Joan Baez… Et les classiques français!». Une ambiance pas si tranquille, car un divorce pointe : « l'ambiance était tendue, mes parents se s'engueulaient tout le temps!». À 14 ans, quand il découvre le Suprême N.T.M. (« Le Monde de Demain »), ça fait blam dans sa tête : « et je me fais virer de l'école!». Puis arrive « Le blues des racailles » de Tonton David qu'il écoute entre Tom Waits et Rickie Lee Jones. Sans oublier Colette Many ou le hard rock FM 80's. C'est dit, le p'tit gars a le cul entre deux chaises. Il épouse alors avec conviction les accidents colorés de la rue, et sa guerre des boutons. Punks, rude boys, zulu, psychobillys, rockabillys, il n'arrive pas à faire son marché : «!je me souviens de l'époque où je traînais avec mes potes Skas de Cergy en écoutant N.T.M. Les gars me donnaient du «!traître!» à tout va!». La seule chose en dur : il chante. Ou plutôt, il taoste, en petit prince du fast style, façon General Levy. La compilation « Baggariddim » de UB40 reste encore une de ses références… Anis a d'ailleurs officié un temps dans K2R Riddim. Bien avant ça, il fréquenta les scènes ouvertes de Cergy (à la maison de quartier de St Christophe) où « la première fois que j'ai pris le micro en public, c'est moi qui suis aller le chercher, on ne me l'a pas tendu!». Là-bas sont déjà en place des crews comme TSA (Tout Simplement authentique), BBS, ABS, Système D (cf. La Brigade)… Un fait d'arme qui ne s'oublie pas.

Anis a donc déjà le potentiel d'un bon chanteur. Mais sa culture est définitivement ancrée dans la rue. Son odeur l'entête : « ado, j'aurais aimé vivre dans la cité d'à côté, je voulais être un Sévère, j'étais persuadé que ça donnait du style, et plus de
caractère. J'avais une fascination pour la misère, l'argent facile, les voyous et la culture qui va avec, dont le rap. Mais je n'étais qu'un métis russe marocain, pas ghetto pour une thune!». Pas grave, il le tente, un temps certain, au risque de brouiller sa pioche. Être rappeur ou raggaman, telle est son éternelle question. « Ça commençait à me gaver d'essayer d'être... C'est comme ça que j'ai vu que la chanson m'allait mieux. À 25 ans, alors que je chantais des chansons reggae, j'étais plus en phase avec ce que j'étais qu'avec ce que je voulais être!». Car Anis a aussi écouté de la pop (…) ! Il n'aura pas l'aveuglement de brûler ce qui l'a adoré : le voilà donc qui assume… Tout. Fondamental, donc productif : alors peut sortir l'autoproduit GADJO DÉCALÉ (le 25 septembre 2003) où l'on trouve déjà « Reggaeblues » ou « Avec le vent », puis l'album de la découverte LA CHANCE, deux ans plus tard. Avec cet opus, Anis a frotté la lampe d'Aladin, il goûte définitivement au hachisch de la création. « C'est quoi l'arrêt pour devenir chanteur populaire!?!» chantait-il dans « Mon métro ». C'est dit, il a trouvé la station.

2007 : après sa tournée de 170 dates, dans une tripotée de salles combles, Anis était à sec, épuisé. Une rencontre magnifique l'a remis sur pied : Lisbonne, où il retrouve le peps de l'écriture. La ville lui parle : ses vibes cosmopolites, ses tarifs abordables, son climat chaleureux, la beauté relaxante de la mer, son esprit encore alterno … La grosse séduction. Il lui fallait juste un QG quotidien où composer un nouveau bastringue. Ce sera juste en bas de chez lui : un bar tenu par des Capverdiens où viennent trinquer du ghetto et street people. Il est chez lui, et ça repart. Un vrai coup de rebooste. Une fois rentré à Paris, le chanteur signe son « album des premières fois ». Il habille certaines chansons de choeurs (« un exercice qui peut être périlleux!!!», initie un duo (avec Oxmo Puccino). Il s'investit pour la première fois en studio, dans l‘enregistrement, et découvre la magie de l'arrière-salle, devant la console. Il recourt à Jean-Pierre Sluys (réalisation et mixage), aux cuivres de Mardi Gras Brass Band (fanfare soul allemande) et de Julien Chirol (trombone), aux guitares de Philippe Almosnino (Wampas), Petit Louis (Jim Murple Mémorial), Thibault Willigens et Olivier Riquet (également aux claviers & cavacino). Cyril Tronchet (batterie, marimba, percussions) et Jean-Daniel Jouannic (bassiste, contrebassiste) assurent la section rythmique, tandis que le directeur artistique du projet Jean-Claude Ghrénassia vient aussi vibrer en studio (basse, batterie). Sans oublier la très belle addition de cordes (violons de H Cavellier, violoncelles de JP Audin), l'ensemble arrangé par Bernard Arcadio... Une troupe comme une traîne de mariée, concourant à la beauté de l'événement.

Si toutes ses nouvelles chansons partent d'un simple guitare/voix, l'amateur de voix de crooners (Cab Calloway, Nat King Cole) et du bluesman Otis Spann a étoffé ses mélodies, sans sombrer dans une sophistication trop lisse. Malin, d'ailleurs, d'ouvrir avec « José », dont le chaloupé jette judicieusement un pont entre cet album et le précédent… Plus aéré, mais aussi plus riche dans l'approche et les arrangements, l'album reste un bel abrégé de la culture musicale éclatée de son créateur. Reggae, blues, chanson, soul, rock… Avec en proue un premier single « Rodéo Bld » qui dit beaucoup sur notre société, sans diatribe. Ce qu'on a aimé de l'instinct musical d'Anis reste brut, même si la voix s'y éploie incroyablement. Et c'est peut-être là qu'Anis a le plus aimé évoluer. Ainsi, « La trentaine » où « Dieu Protège nos os » lui offrent un inédit terrain de jeu vocal. Le chanteur pousse l'audace jusqu'à s'extirper de l'autobiographie qu'on lui connaît (et qui lui réussit si bien) pour tenter dans « Ô mon amour » des lyrics autofictionnels : on y découvre un Anis sweet lover ! Hier bavards à l'extrême, ses textes lâchent du lest, et trouvent la sacro-sainte simplicité pourchassée par tous les paroliers. « Dans tes yeux » conjugue la belle mélancolie de l'artiste et cette légèreté textuelle toute fraîche. On se laissera facilement entraîner par l'enthousiasme de l'aromatique « Lisboa » ou encore par l'intrépide « À la ramasse ». Et l'on terminera la route en beauté avec « Tout ira bien », le blues détendu et rocailleux interprété avec Oxmo...

Cette fin de course nous laisse indubitablement le sentiment d'un album généreux, ouvert, populaire, mais non soluble à l'eau de vaisselle : un petit exploit. Anis avance, en explorant un peu plus qui il est. Avec en corollaire, ce même caractère fleur de béton que lui ont forgé ses années de traînard. Et ce qu'il a à dire continue de nous intéresser. Le labeur du second album est devenu, sous la pression de l'opiniâtreté de son créateur, une appréciable étape de vie. Un petit muret de chansons sur lequel on est invité à se poser, confortablement.
Anne & Julien

Notulus
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