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Tiken Jah Fakoly

Membre du groupe : Doumbia Moussa Fakoly

Comme l'amour, la colère ne connaît pas de frontières. Second album chez Barclay, et septième d'une carrière entamée à l'orée des années 90, le "Coup de Gueule" de l'Ivoirien Tiken Jah Fakoly est tout autant marqué par les problématiques taraudant son continent que les défis d'une globalisation qui a fait de la planète son village transnational.

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Dans ce même ordre d'idée, les 12 titres produits et interprétés par la même équipe matricielle afro-jamaïcaine qui avait permis au précédent Françafriqued'imposer le rebelle tranquille comme meilleur artiste World des Victoires 2003
Tyrone Downie à la production et aux claviers, le trio magique Dunbar, Shakespeare, Chung aux roulements à bille rythmique emmènent le message de Tiken bien au-delà de la formule reggae roots qui l'avait imposé sur le continent africain puis chez nous dès la fin des années 90.
Est-ce l'exil malien lié à la délétère situation régnant dans son pays ? La mort brutale qui a touché certains de ses proches, en premier lieu le comédien Camara H dont l'assassinat en 2003 n'a toujours pas été élucidé ? Une religion, l'islam, dont l'artiste semble de plus en plus tirer les valeurs les plus universelles et les moins communautaires ? Les kilomètres avalés entre Amérique Latine et Europe, studios de Kingston et de Ouagadougou, sommet anti G8 d'Annemasse et compilations pour l'annulation de la dette des pays du sud ? Brûlant d'une colère froide et posée, Tiken semble en fait ne s'être jamais senti aussi musicien du monde. Si les guitares du compère de toujours Petit Conde s'envolent - sur un Aloumaye serti de la griotte Saramba Kouyaté - dans des tourneries encore plus marquées par l'héritage mandigue, Plus rien ne m'étonne et son imparable grille de troc géopolitique prend part au combat altermondialiste. Dans ce disque pas seulement reggae, Deme, marqué par l'héritage traditionnel - en l'occurrence maternel - dont est investi le chanteur Dioula, nous emmène ambiancer vers des pistes épicées soukouss qui en surprendront plus d'un. Qu'il s'agisse de l'amitié intéressée du grand oncle américain ( "Tonton d'America") ou de l'hypocrisie des religions monothéistes ( "Kuma"), Coup de gueule est un disque du dedans et du dehors. Un album d'exilé. Tiken s'est d'ailleurs attaché à inviter d'autres artistes qui sont eux aussi avant tout des citoyens du monde. Le grand Didier Awadi, tête pensante des rappeurs originels du hip-hop sénégalais, les Positive Black Soul, haut parleur de la société civile Woloff, intervient sur un terrible "Quitte Le Pouvoir " qui pourrait bien devenir la bande son des futures révolutions que les journalistes de politique étrangère sentent pointer sur le continent africain. Quand aux Zebda, ils s'invitent en ordre dispersé, tant ( en ce qui concerne Mouss et Hakim) sur l'explicite "Où Veux tu que j'aille" que sur la poignante comptine "Tonton d'America" co-écrite avec Magyd Cherfi.
Cuivres à même de faire tomber tous les "Jérichos du monde", guitares à ciseler les convictions de tous les "dreadlocks soldiers" qui n'ont jamais été portés sur le reggae africain, ce Coup de Gueule impose aussi un Tiken rêvant d'une réelle union africaine ( l'espoir de "Ca va faire mal") tout comme d'un islam dépolitisé ( le pacifique "Allah"). L'héritier afro de Burning Spear se révèle enfin plus que jamais proche de ceux qui osèrent lutter avant lui pour le devenir du continent africain. Comment ne pas penser au défunt nigérian Fela lorsque l'Ivoirien, dans un impressionnant name-dropping sur l' Afrique doit du fric, tance tous ceux qui, du président gabonais Omar Bongo à son pair congolais Denis Sassou N'Guesso en passant par le collègue tchadien Idriss Deby ( sans parler de Monsieur Alfred- Elf -Sirven) détournent l'argent public vers des comptes en banque offshore. Suprême scandale de ce titre dont l'attaque rappelle les plus grandes ¿uvres de Bob Marley et où flotte l'influence intellectuelle de François Xavier Verschave, président de l'association Survie : Tiken va jusqu'à nous rappeler la face cachée du défunt père de la nation ivoirienne Houphouët Boigny.
Ce coup de gueule devrait très rapidement se tailler un chemin vers les oreilles des 60% d'Africains de moins de 25 ans qui désespèrent de s'entendre dire qu'ils sont le futur du pays par des sages et des vieux, des caméléons et des crocodiles, des pères de la nation et des petits du peuple, qui continuent impunément à leur "pourrir le temps". Sans parler bien sûr du public occidental en train de redécouvrir le pouvoir des mots sur le choc de la musique. En somme, l'engagement.
En fait, et pour conclure avant que tout ne démarre vraiment, Tiken Jah Fakoly réussit avec ce disque le tour de force de dégager les oreilles de ceux qui ne l'avaient pas encore entendu tout comme d'engager un peu plus fermement à ses côtés tous ceux qui savent déjà qu'il est incontestablement le porte-parole d'une Afrique tournée vers le monde. Le tout sans haine ni démagogie, et dans un imparable mélange de français/dioula qui rebondit bien longtemps dans l'air après que la rage se soit éteinte. Qui a dit que la colère était mauvaise conseillère ?

Notulus
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