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Kool Shen

Membre du groupe : Bruno Lopes

Kool Shen est un rappeur français né en 1967 à Saint-Denis. Il est le co-fondateur du groupe NTM.

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Face à la masse de productions rap qui inondent aujourd'hui les bacs, Kool Shen n'a pas grand-chose à prouver. Moitié du duo Suprême NTM qui a imposé sa marque dans l'histoire de la musique française, fondateur du label IV My People et auteur d'un album solo certifié deux fois disque d'or, ce poète moderne a traversé les époques et les modes en occupant toujours le sommet. Ce n'est donc pas dans une revanche que sont à chercher les raisons de son retour derrière le micro, quatre ans après Dernier Round, annoncé à l'époque comme son dernier disque. Plus de vingt ans après ses premières rimes, c'est encore dans la passion que se niche l'énergie du rappeur de Saint-Denis, dans cette fièvre à l'état brut qui démange sa plume et ne s'éteindra probablement jamais. A l'aube de la quarantaine, Kool Shen livre avec Crise de conscience un disque de haut niveau, intense et personnel.

L'homme ne sera pas resté à la retraite bien longtemps : « J'évolue toujours dans l'univers du rap », confie-t-il. « Quand tu as des potes qui passent chez toi pour travailler leurs textes et écouter des instrus, tu ne peux pas rester là à faire le café... » C'est ainsi qu'en 2006, alors que IV My People vient de fermer ses portes, Kool Shen se met à noircir du papier. Un texte, puis deux, et le rappeur se rend rapidement compte qu'il n'a pas tout dit. Que la flamme est intacte, que le monde bouge et que la rage ne le quittera jamais. La reformation de NTM pour une tournée à guichets fermés amplifie le séisme et finit de convaincre le public. L'affaire NTM ne devait d'ailleurs pas s'arrêter aux portes des salles de concerts, puisque c'est JoeyStarr en personne qui vient seconder son frère d'armes sur «J'reviens», chronique enragée qui ouvre ce retour en force.

Si Kool Shen n'a jamais fait dans le gimmick ou la rime pour la rime, ce nouvel album ne fait pas exception. Qu'il évoque le climat social, le milieu du rap ou l'état du monde, il le fait toujours à travers une vision personnelle, un regard intime qui donne toute leur pertinence à ses paroles. A travers la critique sociale de «Grandeur et décadence», un constat amer qui évoque la faillite du système, c'est le regard d'un père de famille quarantenaire qui se pose sur le monde. Une plume concernée qui lui permet de se hisser hors des clichés manichéens, quitte à remettre en cause les siens comme il le fait entre les lignes de «Eldorado», un titre inspiré de son propre parcours : « Ce titre m'a été inspiré par un voyage à New York que j'ai fait quand j'étais plus jeune et qui m'a beaucoup appris. Le fait de sortir, de rencontrer des gens, de ne pas se cantonner à un seul univers est fondamental. Dans les quartiers, on s'enferme souvent dans un seul discours, un leitmotiv, aucun rappeur ne prend le risque de parler d'autre chose ». Un constat amer qui rebondit entre les lignes «C'est bouillant» feat. Salif, peinture au couteau d'une jeunesse qui veut tout tout de suite, les gamins des années 2000 piégés par le système qui jouent leur vie au poker « en arrachant, en trichant et en bétonnant ». Le tableau d'un monde au bord de la folie.
Le cerveau plein d'encre, le solitaire Kool Shen met en bouche les gouaches de ce monde moderne, entre des contes sombres dont l'élément biographique n'est jamais totalement absent «Vivre dans l'urgence»), et de touchantes introspections qui révèlent l'homme derrière le masque («Jusqu'au bout», «J'ai jamais eu besoin»). Souvent durs, parfois amers mais toujours justes, ces instants de grâce secoués de punchlines saisissantes dessinent les visions d'un homme qui ne se voile pas la face, ne s'invente ni histoires ni utopies, mais pose un regard lucide sur le monde et sur son propre parcours. Comme un écho au titre de NTM «Le monde de demain», pointant d'un doigt accusateur une classe politique qui n'est toujours pas allée « regarder sa jeunesse dans les yeux », le manifeste «La France hallucine» vient compléter ce tableau noir pour une ultime danse avec le diable. Paradoxalement, même si l'heure est grave, Kool Shen ne perd rien de son mordant et s'autorise dans le même mouvement quelques franches parties de rigolade sur «Salope.com», qui déglingue en trois rimes les médisants planqués sur les forums internet ou sur l'hymne «Rapelle-toi» feat. Jeff Le Nerf, chronique assassine de la folie des grandeurs qui habite pour toujours le milieu hip-hop.

Musicalement, Crise de conscience propose une belle entorse à la doctrine hip-hop. Aucune trace de sample sur ce nouvel album, remplacés par des compositions originales. Sous l'impulsion des musiciens et producteurs Ko et Pedro, par ailleurs réalisateurs de l'album, Kool Shen s'offre une nouvelle liberté : « Cette manière de fonctionner rajoute une certaine latitude dans la composition, puisque que tu n'es plus limité à un sample, à une boucle qui se répète. C'est une option que je n'avais jamais vraiment approfondie ». Une ouverture musicale développée avec brio tout au long, dessinant un écrin aux dimensions exactes du flow toujours plus technique du rappeur. Scratché par DJ Demo, compagnon de route de Kool Shen depuis des années, traversé par le chant aérien de J-Mi Sissoko ou de Blacko (Sniper), Crise de conscience évolue ainsi entre le clair et l'obscur, entre productions nerveuses calibrées pour les ghetto-blasters («salope.com», «J'reviens»...) et mélancolies luxueuses aux saveurs d'éther («J'ai jamais eu besoin»...).

Ultime obus d'une discographie déjà impeccable, Crise de conscience est un disque tout en perspectives et en profondeur, le manifeste d'un des rappeurs les plus exigeants de sa génération, alliant fond et forme en un magma de son et de sens. Puisant sa sève lexicologique dans les tréfonds d'un cerveau en fusion, armé d'un œil en forme de viseur qui ne rate jamais sa cible, Kool Shen évolue une fois encore dans son propre courant, celui d'un rap-contact haut de gamme secoué par l'efficacité de punchlines en mode fat cap et de rythmiques en béton armé, un hip-hop aussi brut que pur où la lourdeur de basses confortables donne la réplique à l'orfèvrerie de rimes précises. Peu importe les modes et les tendances, Crise de conscience est une affaire personnelle.

Notulus
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