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Emilie Simon

Membre du groupe : Emilie Simon

Il y a des jours où on serrerait volontiers la main aux manchots, où on leur claquerait même chaudement la bise pour avoir contribué à transformer l'une des belles promesses de la musique française en success story internationale.

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Ainsi La Marche (triomphale) de l'empereur a-t-elle entraîné dans son glorieux mouvement la bande originale composée par Emilie Simon, brisant la glace entre cette jeune créatrice de sons et de chansons et le large public qui n'avait pas encore goûté aux délices ensorceleurs de son mini-monde imaginaire. Ceux en revanche qui connaissaient son premier album paru en 2003 (Victoire de la musique dans la catégorie Electro), ne furent pas surpris de voir Emilie s'approprier ce doux mélo sur glace pour en faire un nouveau terrain d'expériences sensorielles, glissant entre les paysages instrumentaux quelques chansons particulièrement givrées, la « marche » en question s'étant transformée pour elle en escalier tortueux menant à des vertiges inconnus. Une palpitante aventure qui s'est prolongée sur scène de façon spectaculaire à travers deux concerts panoramiques, aux Eurockéennes de Belfort puis au Grand Rex à Paris, avec le concours de l'orchestre La Synfonietta et des Percussions et Claviers de Lyon. La sagesse aurait voulu qu'après telle ascension, Emilie Simon prenne congé de ses machines et de ses carnets pour s'offrir un repos bien légitime. C'est mal connaître les habitudes de cette Montpelliéraine qui a grandi dans un studio d'enregistrement et n'a même pas attendu ses premières royalties pour en construire un à son tour dans son appartement parisien. Quotidiennement arrimée à ses instruments, triturant sans répit tout ce qui lui passe entre les mains pour en extraire de nouveaux matériaux sonores, perpétuellement en transit entre textures et écritures, Emilie compose en flux continu et, la nuit venue, se raconte de drôles d'histoires qui viendront hanter sa musique, et vice versa.
De sa liaison à la fois charnelle et cérébrale avec tout ce qui, dans son environnement, possède la faculté de produire un son ¿ retenant ainsi les leçons prodigieuses des inventeurs de la Musique concrète ¿, Emilie Simon se plaît ainsi à induire et stimuler des images, des paysages, des aventures romanesques. Lorsqu'elle a entamé le chantier de son nouvel album Végétal, avant même son épopée glaciaire sur l'Antarctique, les premières chansons qui ont naturellement bourgeonné dans son imagination fertile possédaient des traits communs : noms de fleurs, apprivoisées ou sauvages, de plantes carnivores, grimpantes ou flottantes, d'arbres fantomatiques... Lotus, narcisse, muguet, roseaux, peuplier ou roses hybrides de thé, autant de créatures végétales dont il ne restait plus qu'à animer les mouvements en leur attribuant des formes et des psychés humaines. Ainsi naquit Alicia, personnage mi-fille mi-fleur, qui nous attire d'emblée à l'intérieur de ce disque en refermant derrière elle ses longs bras de lierre. Bienvenu dans ce piège délicieux, le temps d'un songe musical de cinquante minutes totalement déraciné des réalités terrestres, suspendu à sa propre horloge, irrigué par une sève intrigante, dégageant des parfums inédits et terminant comme il avait débuté : en cendres. Beautés saisonnières, romances éphémères, chassés-croisés sur un lac, d'une chanson l'autre se tisse la trame d'un récit tour à tour évanescent et tumultueux, panthéiste et surréaliste, contemplatif et fugace.

Pour donner corps à sa rêverie botanique, Emilie Simon a provoqué de nouvelles greffes sur son habituel terreau d'instruments électroniques, faisant notamment appel à des musiciens de la sphère Contemporaine (flûtiste, percussionniste), en plus de la basse de Simon Edwards (Talk Talk, Beth Gibbons, Alain Bashung) qui évoque à elle seule les modulations langoureuses du cycle des saisons. Quant au fidèle Marcus Dravs, il a comme sur chaque projet d'Emilie apporté sa touche méticuleuse lors du mixage. Si le premier album avait cette tendance, bien naturelle pour un baptême, de papillonner entre plusieurs registres, la voix acidulée d'Emilie se chargeant de faire le lien, le nouveau se révèle plus cohérent, concentré autour de quelques idées fortes. On y remarquera un son général plus boisé, plus organique, propre à la nature même de son thème. Les cordes s'y font ainsi davantage intimistes, plus proches de l'écorce électronique des rythmiques, contribuant ainsi à une impression générale de calfeutrage. L'obsession initiale d'Emilie à vouloir conjuguer les sons environnants, par essence sauvages, avec la discipline qu'impose la chanson pop trouve ici encore quelques évidentes illustrations. Sans méthode prédéfinie, se laissant gouverner par l'intuition, son mode d'écriture et sa conception empirique des arrangements s'apparentent de plus en plus à un travail plastique, la mélodie et le texte formant ce socle immuable qui l'autorise à prendre d'autant plus de liberté avec la musique. Qu'on ne s'y trompe pas, tout cela demeure néanmoins léger et aérien, malgré la complexité apparente du processus. Loin de se laisser engourdir non plus par la mélancolie de son sujet, Végétal est un album vivifiant, vivace, où certaines chansons sont portées par des tempos énergisants ("Fleur de saison", "Dame de lotus", "Never fall in love"), alternant français et anglais dans un même élan tourbillonnant. De quoi mieux révéler en creux certaines compositions plus volontiers climatiques ("Le vieil amant"), vaporeuses ("Opium") ou aquatiques ("Swimming", "In the lake"). Avant l'embrasement final de ce véritable conte sonore, on aura croisé sans le savoir une fleur amnésique, un arbre piano, un autre en fer qui rouille par manque d'amour, un qui cauchemarde sur la perte de ses bourgeons, un lotus hautain qui, sous les regards envieux des roseaux, se pavane sur l'eau et Annie, la fille-feuille qui n'arrête pas de tomber... On aura aussi reconnu l'empreinte plus que jamais visible de la géniale Kate Bush sur l'inspiration musicale et vocale d'Emilie Simon, dont les audaces n'ont néanmoins plus rien à envier à celles de l'insaisissable Anglaise. L'efflorescence luxuriante de Végétal en est la plus belle preuve.

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