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Zoé

Blonde et belge d'abord, éclectique et électrique ensuite, amusante et battante aussi, ou bien ravageuse et originale… Au premier regard, plus d'un poncif conviendraient à Zoé. Elle a su s'en accommoder, en faire des atouts et en sourire aujourd'hui, d'un second degré qui n'appartient qu'à elle.

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Une fille de plus dans le paysage français de la rime féminine ? Désolé de bousculer vos certitudes mais dès les premières notes de cet opus, une évidence : Zoé ne ressemble à personne. Et son premier disque lui ressemble.

Rien de plus naturel puisqu'elle l'a tellement attendu cet album. Les proches se rappellent d'un lointain et enfantin premier 45 Tours intitulé « Girouette Le Caméléon ». Elle se souvient des années trop studieuses au Conservatoire de Bruxelles au temps où l'ado n'était encore qu'une petite fille au piano. Lauréate de la Biennale de la Chanson Française à Bruxelles en 1998, elle se distingue plus tard en festivals à Montauban, à Spa ou au Québec. Choriste de Maurane durant quelques années marathon, elle n'en oublie pas de brûler les planches pour elle, mêlant humour grinçant et désarmante sincérité. Elle se fend parfois d'une reprise de ses idoles comme Les draps blancs de Guidoni, ou se retrouve en première partie de ses modèles (Higelin, Juliette) et prend le risque de soumettre son répertoire au verdict implacable du spectacle vivant dans toute la francophonie, armée d'une hargne qui lui permet de se jouer des tours que réservent les premiers pas. A son arrivée à Paris, elle rencontre l'équipe d'ABACABA qui parie sur les règles implicites du live et le risque du développement d'artiste. Après un premier tour de chant à l'Espace Kiron en novembre 2004 qui s'achevait par une version endiablée du Bohemian Rhapsody de Queen, elle revient avec un spectacle étoffé sur la scène du Divan Du Monde du 31 janvier au 5 février 2005. S'y succèdent alors les membres d'EUROPACORP, la société de production du cinéaste Luc Besson qui, immédiatement conquis, font d'elle la toute première signature « chanson » de leur label. Pour cette artiste de scène atypique, ils décident de faire de cet album la combinaison originale d'une galette studio et d'un DVD. Juste le temps pour Zoé de s'imposer comme la révélation incontestée des Francofolies de La Rochelle en juillet dernier et le temps d'entrer en studio est venu.

Zoé a rêvé son premier disque. Elle l'a d'abord espéré puis l'a craint. Comment traduire fidèlement et sans en dénaturer l'essence, des chansons qui ont déjà existé dans le simple apparat du piano/voix ? Pour résoudre l'impossible équation de réconcilier ses multiples visages, elle a choisi le réalisateur Vincent-Marie Bouvot, artisan des premiers succès de Zazie. Ces deux-là avaient quelques disques de chevet en commun et l'envie de se lancer dans le projet. Ils étaient faits pour se rencontrer tant ils ont aimé abolir ensemble les frontières et transgresser les étiquettes, mélanger leur même formation classique à leurs envies plus rock'n'roll. Leur complicité artistique a pris ainsi la forme d'une télépathie surprenante et a donné naissance à des arrangements sur-mesure et un son résolument moderne, servi par des musiciens talentueux, compagnons de fortune que la chanteuse n'a pas lâchés d'une semelle pendant deux mois de sessions nocturnes, enfermés en studio.

Dans cet antre d'alchimistes, se construit un album riche auquel ont participé Nicolas Muller (Astonvilla…), souffleur de bonnes idées guitaristiques, le batteur Matthieu Rabaté (Indochine, Raphaël, Daho…), Christophe Deschamps (Dutronc, Bauer,…) et le percussionniste Mino Cinelu (Tori Amos, Tracy Chapman…). Chaque son y fait débat : préférer le cristal baschet aux ondes martenot de Thomas Bloch (Radiohead, John Cage, Arthur H…) ou choisir les séquences d'accordéons de Thierry Maillard parmi les vingtaines de variations. Les traits de cordes de Vic Emerson (Bashung, Manset…) viennent ajouter la poésie quand la basse de Roberto Briot (Thiéfaine, Christophe…) tourne idéalement sur la pop de Jalouse et s'apparente à des battements de cœur sur Dire du mal. Chaque crescendo du refrain de Tout va bien a son anecdote, chaque silence de J'ai mal à la terre sa signification et chaque rythmique de bouche sur les contretemps de Dire du mal sont autant de détails d'une même mosaïque.

Si Zoé sait ce qu'elle veut, c'est qu'elle veut tout. De réminiscences Beatles en guitares sixties, de rythmique swing en trip hop ternaire, de boucles électro en riffs jazzy, elle déploie ses atours sur des chansons délicieusement indisciplinées. On se délecte de ses acrobaties d'amoureuse sur le fil de la vie où les histoires de couple se muent en règlement de comptes (Amant Comptant) - accompagnée de son compatriote Arno -, où la jalousie devient un divin défaut (Jalouse) et les baisers, un amusant exercice de style… gentiment bestial (Kiss) ! Dans Je veux tout, une de ses plus récentes compositions, elle use sans abuser du name dropping. Il y a des filles qui veulent tout. Zoé est de celles-là : de celles qui veulent tout voir, tout entendre, tout découvrir et de celles qui veulent être toutes les femmes à la fois. Selon l'humeur, elles seront vierges effarouchées ou créatures fatales, vulgaires ou sublimes. Selon l'amour, elles seront meilleure épouse, meilleure mère, meilleure amante et meilleure maîtresse dans la peau d'une poupée Barbie, fascinant et répulsif modèle qu'elles exècrent mais auquel elles ne peuvent s'empêcher de vouloir ressembler. Auteur compositeur, Zoé a signé la majeure partie des textes de son album mais ne s'est jamais refusée de belles rencontres. Ainsi, Xavier Lacouture a su écrire sur une émotion enfouie (Maman) et mêler ses mots à ceux de la chanteuse pour l'ironique et incisif À vendre où elle se met dans la peau de son propre disque, usant de tous les charmes pour appâter l'auditeur. Un titre coup de poing joyeusement d'actualité qui a le mérite de mettre les pieds dans le plat d'une industrie phonographique où l'on ne parle plus que de morosité et de piratage à défaut de création… la seule chose qui intéresse véritablement Zoé !

Pourtant, ne voir en elle qu'une amuseuse de galerie serait se tromper de personnage. Le rire fait souvent place à des drames bruts disséqués au scalpel comme ce Je porte un toast où elle signe une chanson sur l'alcoolisme avec le regard de ceux qui souffrent auprès de ceux qui vivent l'addiction sur une musique mimétique où les harmonies tombent comme l'on se noie dans l'alcool. Un tango argentin déstructuré (Tout va bien) dissimule le jeu des apparences et la tristesse d'une vie hypocrite de « bourgeoisomane ». Une ballade classique cache aussi une bouleversante apostrophe à une mère artiste, un instant entre étreinte et non-dit où les rôles s'inversent, qui laisse souvent couler quelques larmes en scène. Quand la pudeur empêche la confession, l'auteur se fait interprète. Zoé s'approprie alors les répertoires inexplorés de Xavier Lacouture pour trouver un remède au mal à la terre et à la folie des hommes ou de Gérard Poli lorsqu'il s'agit de rire de nos propensions à aimer dire du mal de nos semblables. Enfin, Zoé surprend avec son titre fétiche Associations, un étonnant et minimal résumé de vie signé Margarete Jennes. Cette version confond un enregistrement studio et une captation live, réunissant sur un même morceau ses deux pianistes favoris, Manu Pithois…

Et Jean-Luc Fafchamps… Car si ce premier album reflète tant la personnalité de Zoé, c'est aussi grâce à ce pianiste belge, compositeur autodidacte et signataire de la majorité des musiques. Zoé connaît Jean-Luc depuis qu'elle a six ans. Histoire de fratrie… Pourtant, il aura fallu attendre quelques temps pour que l'adolescente apprenne à voir en l'homme un artiste curieux aussi à l'aise dans le rock, le jazz, l'improvisation ou la chanson. En effet, cet ancien élève de Mikhaïl Faerman est un touche-à-tout. Tour à tour compositeur pour le théâtre ou membre de collectifs d'interprétation, il crée (Melancholia Si, A Garden ou Neurosuite…) et ressuscite le répertoire contemporain (Morton Feldman, Giancinto Scelsi, Jonathan Harvey…). Zoé fait appel à lui pour accompagner ses premières angoisses bruxelloises en solo et avec bonheur, tous les deux prennent de nouveau avec cet album les chemins de traverse. En somme, ceux qu'ils ont toujours suivis.

C'est au bout de chemins de traverse toujours que s'est achevé l'album à quelques heures de Paris, au cœur des brumes normandes et hivernales dans les studios d'enregistrement d'EUROPACORP. Alors que le rire de Zoé retentissait dans ce petit palais technologique et bucolique, c'est Olivier Lude (-M-, Bumcello, Thomas Fersen, No One Is Innocent, Saez, Brigitte Fontaine...) qui rejoint l'équipe pour un mixage final à la hauteur des références de ce diplômé es subtilités sonores.

Zoé n'aime pas les droits chemins, préfère le charme à la beauté et les claques à la béatitude. Ce premier album est celui d'une fille puzzle dont les couleurs dessinent une fois réunies les traits d'une artiste singulière qui a choisi de ne pas choisir entre le masculin et le féminin, la douceur et la tyrannie.

En quelques mois, Zoé a changé. Elle s'est cherchée, a gommé tout superflu vocal et a trouvé un équilibre, son phrasé et son style. Elle a enregistré un premier album sans concessions. Ah, j'oubliais… elle est aussi devenue maman. Elle est toujours aussi épicurienne et n'a toujours pas froid aux yeux. Mais en la regardant bien, autre chose a changé. Dans son regard s'est installée pour de bon l'étincelle d'une jeune fille devenue femme qui veut continuer à croire en ses rêves…

Et cette étincelle-là ne peut pas laisser bien longtemps indifférent…
Pierre-Alexandre Bescos, janvier 2006.

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